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| | Retrouvailles ( Terminé ) | |
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 Una Syrion
▬ Contributions à l'histoire: 1747
Le parchemin ▬ CLASSE: Dessinateur ▬ LE RECIT DE MES AVENTURES : ▬ MES COMPAGNONS DE VOYAGE :  | Sujet: Re: Retrouvailles ( Terminé ) Mar 4 Oct - 21:54 | |
| La question la prend au dépourvu. Non pas qu'elle ne s'attendait pas à une demande de ce genre mais la formulation la met à l'aise. Ce n'est pas simplement prendre des nouvelles de gens connus, c'est laisser poindre une lueur d'espoir. Una ne sait s'il est réellement en attente de quelque chose ou s'il espère simplement qu'elle brise les derniers liens qui le retiennent à leur île et cette indécision la tourmente. Elle craint de ne pas lui apporter la réponse escomptée, de le voir à nouveau s'évaporer et de ne pouvoir rien y faire pour les dix prochaines années à venir. Elle aimerait répondre à ses désirs mais elle plie pour la seule carte valable en pareille circonstance: l'honnêteté.
Alors s'opère dans son esprit une fouille minutieuse des informations qu'elle possède. Nombre de leurs amis d'enfance ont péri en mer, la plupart dans des raids. Les visages des survivants défilent dans ses pensées et avec regret, elle doit admettre qu'il est peu probable que ces garçons se soient autant accrochés à Solan comme la petite fille qu'elle était pu le faire. Si le monde des dragonniers nourrissait leur imagination, il est fort probable que le destin présumé de leur ami fit naitre quelque jalousie mal placée. Au fond, il sera toujours difficile pour un pirate de s'attacher quand la mer peut emporter jusqu'au premier quidam venu. Peut-être s'explique ainsi le profond amour que voue un capitaine à son navire, seul véritable pilier dans les méandres de l'océan.
Silencieuse, elle replace une mèche derrière son oreille, son regard se porte vers le sol avant de se confronter aux prunelles bleues qui quémandent presque maladroitement. S'il ne reste en Solan aucun vestige du marin; au moins possède t-il l'océan au fond des yeux. Elle comprend dès lors la véritable teneur de cette question. Il ne s'illusionne sans doute pas de leurs amitiés passées mais s'interroge sur sa famille. Sa mère. En un éclair, Una revoit la femme se tenir devant la porte de leur chaumière, si ses principaux traits lui reviennent indistincts, elle se rappelle néanmoins la chaleur de son sourire et l'affection qu'elle portait à son fils. Comme une ombre, l'image de son propre enfant s'impose à la dessinatrice et cela l'accable presque. Un mince tressaillement agite son bras et avec une certaine douceur, elle répond finalement:
« - Je suis désolée. »
La dénégation lui semble trop brutale et si elle déteste cela, son regard se voile malgré tout de compassion. Elle refuse de le voir partir sur ce sentiment et de le laisser ressasser ce qu'il n'aura plus. Déjà, elle s'est portée à sa hauteur et retient son bras tandis que sa main agrippe timidement son haut. Ses doigts enserrent avec un peu plus de conviction le tissu et pendant quelques secondes, elle reste ainsi, immobile. Elle ne sait si elle espère maintenir le contact, la tangibilité de cet instant ou simplement faire de lui son captif mais elle se persuade que cela lui suffira. La gorge un peu nouée, elle contemple le voleur et l'implore.
« - S'il te plaît, Solan... »
Elle est incapable de définir avec exactitude la teneur de ce souhait mais sa prise sur le bras glisse jusqu'au poignet et elle conduit son propriétaire auprès du sommier. Elle se défait de son contact et grimpe sur le lit tout en lui jetant nombre de coups d'œil furtif de crainte qu'il ne fuit. Avec une brève contorsion, elle s'est emparée d'une de ses cartes dissimulée sous une latte et la déplie entre eux. Ses paupières se ferment. Elle caresse le vélin d'une infime pression et laisse son pouvoir l'envahir. L'île de leur enfance se matérialise peu à peu et la vision de maisons familières fait éclore un mince sourire sur son visage. Sans un mot, elle met en valeur quelques repères immuables de leurs rivages. Elle situe un puits, une statue ou des temples qui n'ont pas bougé depuis leur enfance. Les années ont fait leur œuvre. Les îles de Darya sont comme l'océan, en mouvement constant mais cela en fait leur force. Tout en survolant le village, elle pointe finalement un point précis. A une époque lointaine, chaque bambin de l'île était amené à graver son nom et un mot sur une roche de la plage. Les plus téméraires optaient pour la falaise pour en favoriser la conservation. Ce fut leur cas.
« - Darya t'attend. »
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|  | |  Solan Runnarth
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Le parchemin ▬ CLASSE: Singulier ▬ LE RECIT DE MES AVENTURES : ▬ MES COMPAGNONS DE VOYAGE :  | Sujet: Re: Retrouvailles ( Terminé ) Sam 15 Oct - 22:25 | |
| Tandis que sa question flotte, pèse de tout son poids sur un silence gêné, gênant, Solan s'inquiétait de ce qu'Una allait bien pouvoir lui dire sur ces gens qui peuplaient son passé comme une foule de gens étranges, lointains, dont il n'avait plus que de vagues souvenirs ; des images comme des peintures qu'il aurait vu un jour et qui n'aurait depuis jamais quitté sa mémoire, s'ancrant si fortement en elle que tout cela ce serait mélangé pour ne faire plus qu'un grand mensonge aux couleurs chaudes et aux odeurs de sel. Ainsi, planté là, qu'attendait-il, lui ? Le plus triste, c'est qu'il n'en avait pas la moindre idée lui-même. Que devait-il espérer ? Craindre ? Il aurait aimé avoir une réponse à se fournir, pourtant aucun des scénarios qui étaient à portée de son imagination ne parvenaient à le satisfaire vraiment ... Après tout, quoi ? Si des gens l'attendaient encore, des gens qu'il avait quittés et perdus de vue pendant vingt longues années, des gens qui l'aimaient encore peut-être, mais qu'il serait incapable d'aimer en retour. La solitude l'avait fait devenir son propre père, sa propre mère, son propre ami, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il soit devenu suffisant à lui-même. Il ne ressentait pas le besoin de les connaître, ces éventuelles affections qui l'attendaient dans ces îles aux airs de paradis. Les sourires qu'il imaginait sur les visages imaginaires de ces proches ne l'intéressaient pas: Una pouvait bien lui dire qu'ils n'existaient pas. Peut-être. Si elle lui avouait que, quelque part, sa mère, par exemple, l'attendait toujours, pourrait-il vraiment l'ignorer ? Continuer sa vie comme si de rien n'était, comme si cela n'avait aucune importance ? Il n'en savait rien, pourtant, plus il y pensait, plus il se les imaginait, ces nouvelles retrouvailles. Alors il les chassa comme il put, ces images qui l'agaçaient, revenant au silence.
Una avait les yeux braqués dans le vague à la manière de ceux qui retournent leurs souvenirs à la recherche de quelque chose ... Plusieurs secondes s'écoulent encore, il a déjà compris et pourtant elle lâche ces quelques mots qui sonnèrent comme des condoléances. Le paria resta immobile, semblant n'être traversé par aucune pensée, aucun sentiment ... Il ne dit rien non plus. Il ferma les yeux. Il n'était pas déçu: ce soir, il n'avait pas perdu sa mère, il ne l'avait simplement pas vu ressuscité. Qu'importe. Solan sourit légèrement et se retourne, prêt à s'en aller, quand Una s'avança jusqu'à lui, agrippant son vêtement pour le retenir, quelques mots pour le garder. Les yeux bleus vinrent se porter sur la jeune femme, surpris d'un tel mouvement ... Que voulait-elle ? Il n'eut pas le temps d'exprimer sa parole à voix haute que déjà Una l'attirait vers son lit. Le trajet suffit à le déstabiliser, que veut-elle ? Elle grimpa sur le sommier, détachant une latte avant d'en extirper un morceau de vélin, il crut reconnaître une carte. Il crut voir Una passer sa main sur le parchemin. Il crut.
Un petit hameau composé de chaumières sur un rivage, sur une plage de sable blanc. Il y a des gens aux visages confus qui s'y baladent, des enfants sans voix ni rires qui y jouent. Une statue d'Eydis trône au milieu du petit village, tout près d'un puits qu'il croit vraiment sans fond, et bien vite il s'envole vers un temple dont la solennité l’impressionne comme elle impressionnerait un enfant. Si cet amas de maisons lui paraissait si petit, il avait le sentiment qu'un jour il lui était apparu immense. Bientôt, il s'éloigne du village, entraîné alors contre sa volonté vers les cieux, apercevant maintenant l’entièreté du hameau avant d'être transporté d'un coup vers ces falaises qui occupaient jusque-là l'arrière-plan. Il n'y vit aucun intérêt d'abord, jusqu'à ce qu'il en soit suffisamment proche pour distinguer ce qui était gravé sur l'une des parties les plus hautes: Una et Solan.
La voix d'Una retentit à nouveau, semblant mettre fin à cette prouesse à laquelle il venait d'assister, à ce miracle dont il ne parvenait toujours pas à comprendre l'origine. Il entend les mots qu'elle prononce, mais ne parvient pas à se concentrer sur autre chose sur le spectacle qu'elle lui a offert et dont elle est à l'origine, il le comprend. Comment était-ce possible ? Il restait planté là, les yeux écarquillés, le regard encore submergé par les images merveilleuses qu'elle venait de matérialiser là, devant lui. Son cerveau était en ébullition et ses pensées s'emmêlaient maladroitement, comme si chaque petite parcelle de son cerveau cherchait à éclaircir le mystère qui entourait ce que venait d'accomplir Una. Au bout d'une minute peut-être, il n'eut plus de doute: elle avait la capacité d'insuffler la vie à ce qui n'était pourtant qu'encre et papier.
« - Tu ... tu es une dessinatrice ? » dit-il encore hésitant bien qu'il n'eut pourtant plus vraiment de doute. « C'était notre île, pas vrai ? C'est là d'où l'on vient. Merveilleux.» ajouta-t-il, semblant ne pas y croire encore, se frottant les yeux qu'il crut sur le point d'imploser de fatigue ou bien d'émerveillement.
D'un coup, les mots d'Una lui parvinrent enfin. Darya l'attendait ? Soit, Darya est une dame patiente. C'est peut-être parce qu'elle sait que tout ce qu'elle jette à la mer finira par lui être ramené par la mer. L'idée le fit sourire. En attendant, l'excitation provoquée par le spectacle auquel il venait d'assister redescendait peu à peu et, bien qu'il ne pouvait se retenir de revoir encore et encore l'image de leurs deux noms gravés dans cette falaise, il ne pouvait s'empêcher de trouver les propos de son ancienne amie légèrement inappropriée.
« - Tu dis que Darya m'attend ... tu crois ça, toi ? » dit-il avant de reprendre: « - Darya n'a rien à m'offrir ni même à me rendre. Pourquoi m'attendrait-elle ? Pourquoi, dis ? »
Et après tout, n'était-il pas dans le vrai ? Il avait eut la confirmation de la bouche d'Una elle-même qu'il ne pouvait guère espérer retrouver quiconque là-bas. Pourquoi voudrait-il y retourner ? Il n'en avait pas de souvenir vraiment clair jusqu'à ce qu'elle se livre à ce petit tour de magie. Alors à quoi bon ?
« - Cela fait vingt ans. Darya, ce n'est plus ... ce n'est plus chez moi. Je n'ai rien à y voir, rien à y faire. Il se tut un moment. « C'est trop tard. »
Dernière édition par Solan Runnarth le Dim 16 Oct - 20:40, édité 2 fois |
|  | |  Una Syrion
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Le parchemin ▬ CLASSE: Dessinateur ▬ LE RECIT DE MES AVENTURES : ▬ MES COMPAGNONS DE VOYAGE :  | Sujet: Re: Retrouvailles ( Terminé ) Dim 16 Oct - 20:31 | |
| Son don lui paraît suffisamment explicite pour qu'elle s'épargne une confirmation. Il lui semble inutile de le mettre plus en avant. Les doigts immobiles contre le papier, elle dévisage l'homme qui se tient devant elle et l'interroge si naïvement. Elle ne sait si c'est la peur qui le guide ainsi ou un quelconque sentiment qui lui échappe mais la certitude de le voir prêcher le faux fait éclore un sourire des plus amusés sur son visage. Solan n'y peut rien. Le quotidien l'a rendu aveugle. Sagement, elle s'est redressée et prenant appui sur ses genoux se rapproche de lui pour cueillir avec tendresse sa joue dans sa paume.
« - Excuse moi. J'oubliais que tu possèdes ici femmes et enfants comme possessions et richesses, homme de Lanriel»
Sa main quitte le contact de la barbe naissante et Una se retrouve assise sur ses talons. La position lui tire une furtive grimace de douleur avant qu'elle ne laisse son regard s'attarder sur les traits du voleur. Darya ne lui offrira peut-être rien c'est certain mais qu'en est-il de cette terre qui le tient captif ? Tantôt esclave, tantôt soldat, cela ne l'aura mené qu'au statut de voleur finalement. La reconnaissance n'existe pas dans les mœurs des fermiers du coin. Qu'y peut-il espérer ?
« - Le besoin d'aventure ne t'appelle plus ? Tes talents ne seraient pas inutiles sur notre île. Personne ne bouderait ta compagnie. Je te parle d'un renouveau, Solan. Y a t-il ici quoi que ce soit qui puisse réellement te retenir ? »
Sa voix s'éteint sur ce mot et un mince voile de tristesse s'abat sur sa personne. Elle détourne son visage et relève son menton dans une attitude de fausse fierté. Cela ne la toucherait pas s'il affirmait tout d'un coup que Lanriel représentait tout ses souhaits. Ce serait même compréhensible, non ? Ses dents se serrent. Non, bien sûr que non. Elle détesterait l'idée même qu'il puisse préférer la compagnie des mornes habitants de Cathaifàl à elle et les nombreux forbans de Darya, ses frères. Il est un fils de l'océan. Comment peut-il seulement l'oublier ? Elle-même ne peut se défaire de l'attirance irrémédiable qu'exerce l'eau sur elle. Chaque minute loin d'un pont lui paraît torture et l'absence d'iode sur ses lèvres sonne comme péché à ses origines. A ses yeux, la liberté se savoure au gré des flots. Pourquoi n'est-ce-pas son cas à lui ? L'accablement l'éreinte. Sa masse bascule et elle se laisse sombrer dos contre le matelas. Elle inspire suite au rappel de sa plaie et tend la main vers Solan.
«- Ne répond pas. Je suis désolée. Viens. »
Elle préfère ignorer les pourquoi. Il est là et elle peut s'en contenter. Se souvient-il des heures qu'ils passaient allongés dans le sable à fixer les nuages et bavarder des futilités de leurs âges ? A cet instant, un tel programme lui paraît salvateur. Il n'y aura pas de ciel, peut-être même pas de bavardages mais sa présence serait un réconfort suffisant. Il le sait. Elle ne cesse de le retenir. Il est plus facile d'agir ainsi que de laisser partir les êtres aimés. Les départs sont trop souvent définitifs. Si elle ferme les yeux, sera t-il toujours là ? Elle craint tellement la solitude. Cathairfàl n'a pas le charme de ses contrées et son don la laisse affamée de lui. Le temps est meurtrier. Il façonne les hommes à sa guise et le résultat laisse perplexe la jeune femme qu'elle est. Ses prunelles se posent sur celles de Solan. Elle lui impose tant sans jamais croire qu'il la rejettera. Elle se sait naïve. L'abandon n'est jamais loin dans son sillage et puis finalement peu lui importe. Elle sait une vérité qu'elle n'a jamais démenti: elle l'attendra à Darya. Elle n'a jamais cessé de le faire depuis le premier jour. Son cœur d'insoumis se trouve dissimulé dans leur passé. Il viendra l'y dénicher. Il ne saurait faire autrement maintenant que la mémoire lui revient. Elle s'en persuade. |
|  | |  Solan Runnarth
▬ Contributions à l'histoire: 1297
Le parchemin ▬ CLASSE: Singulier ▬ LE RECIT DE MES AVENTURES : ▬ MES COMPAGNONS DE VOYAGE :  | Sujet: Re: Retrouvailles ( Terminé ) Mar 18 Oct - 21:49 | |
| Les mots d'Una le frappent de plein fouet, cinglants, violents. Le regard de Solan s'assombrit tout à coup, ses poings se crispent. La jeune femme a touché un point sensible qui, si ces retrouvailles n'apparaissaient pas si capitales aux yeux de Solan, aurait peut-être suffi à lui faire tourner les talons. Après tout, pour qui se prend-elle, cette fille à cinq sous ? Être nourri par une maquerelle valait-il tellement mieux qu'elle pouvait le rabaisser ainsi ? Il la fixa sans broncher alors que sa main quittait sa joue mal rasée. Il tentait de garder son calme, de relativiser. Ce n'était pas tant la forme qui lui déplaisait: il se contrefichait pas mal de n'avoir ni femme ni enfants à lui présenter. Non, c'était le fond, car, si qu'elle le mette en évidence ainsi ne lui plaisait guère, force était de constater qu'elle n'avait pas tort ... Sa vie était à Cathairfal, oui, mais qu'est-ce qui faisait qu'elle ne pouvait être la même à Tearmainn ou à Darya ? Rien, absolument rien. À vrai dire, il ne savait pas vraiment si c'était une bonne chose ou pas, mais le simple fait que l'on lui fasse remarquer suffisait à l'agacer, d'autant qu'il ne s'y attendait pas. Pas venant d'Una. Ça lui rappela que vingt ans s'étaient écoulé, qu'ils ne se connaissaient peut-être plus si bien que ça, en fin de compte.
Una reprit son discours, argumentant sur les bienfaits de Darya, cherchant à trouver écho dans le goût qu'a Solan pour l'aventure. Ce dernier sourit en entendant ce petit laïus. Il avait entendu ce discours mille fois, mais jamais de la bouche d'une ancienne connaissance devenue dessinatrice et prostituée non, ça, c'était original ... En général, il entendait ce genre de discours dans les tavernes de la cité et ils étaient le plus souvent prononcés par des recruteurs de l'armée royale cherchant à convaincre les ivrognes du coin d'aller se faire étriper chaque nuit sur les murailles. On leur promettait gloire et richesse, mais ils ne voyaient jamais ni l'un ni l'autre. En tout cas, la comparaison l'amusa lui-même, apaisant un peu les revendications colériques de son orgueil un peu malmené. Solan continua de la fixer, sans un mot. Sans en avoir l'air, les mots de la jeune femme trouvèrent bien quelques prises sur le paria qui réfléchissait maintenant. Il pourrait bien tout quitter, personne ne lui manquerait. Il avait bien des amis, mais aucun qui ne puisse vraiment l'empêcher de s'en aller pour de bon voir si l'herbe n'était plus verte de l'autre côté de l'océan ... Mais alors quoi ? Alors rien. Rien ne le poussait à franchir le pas, rien d'assez convaincant en tout cas. Il s'embourba dans sa réflexion jusqu'à ce qu'Una ne l'invite à s'allonger auprès d'elle. Plus à une fantaisie prête, Solan s’exécuta. Et si c'était elle, le bon argument ? Elle qui lui tend la main.
Alors il s'installe auprès de son amie. Si cette dernière se souvenait probablement avec exactitude de ces moments passés ensemble sur les rivages de leur île, lui ne peut que les imaginer, les deviner. Il ne lui demandera pas de les lui raconter, il ne veut pas retrouver les souvenirs d'un autre. Il y a des trésors engloutis qu'il ne vaut mieux pas cherché à remplacer à tout prix, leur valeur, restée intact, n'en est que plus grande une fois retrouvée. En attendant, Solan si loin du sable et des vagues, craint de se laisser embarquer par le sommeil plutôt que par les flots. Pourtant, tandis qu'il ferme les yeux presque sans s'en rendre compte, il y a ces mots qui lui reviennent ... Y a-t-il ici quoi que ce soit qui puisse réellement le retenir ? Il savait bien que non. Néanmoins, l'idée de retourner à Darya ne lui avait jamais traversé l'esprit jusqu'à ce soir. C'était impensable, tout comme il avait été impensable pour lui de revoir un jour cette petite fille à qui il avait été arraché il y a vingt ans. Malheureusement, la question était bien plus compliquée que cela.
« - Tu m'as appelé homme de Lanriel. Ça sonnait comme une insulte. » dit-il l'air paisible, les yeux toujours clôt. « Et quoi ? Et si c'est ce que je suis ? Je n'ai pratiquement aucun souvenir de Darya: la langue de mon enfance se dérobe devant moi et je n'ai plus vu l'océan depuis vingt ans. » avoua-t-il avant de reprendre:« Tu ne sembles pas comprendre que cela fait trop longtemps que je suis ici pour me prétendre encore fils de Darya. Je veux simplement ... »
Il ne trouva pas les mots pour finir sa phrase. Que voulait-il ? Il réfléchit. Depuis des années, il errait sans but dans les tavernes les plus mal fréquentées, les ruelles les plus malfamées ... Pour quoi ? Rien n'avait changé depuis qu'il avait quitté l'armée: tout le fruit de son travail de voleur et de mercenaire passait dans les tavernes, les auberges et les bordels. Ça ne menait nul part, il n'avait pas attendu Una pour s'en rendre compte. Néanmoins, il ne se voyait pas faire autre chose que ça. Cette vie qu'il menait ne lui déplaisait pas, même s'il s'en plaignait de temps à autre. Il n'avait simplement pas l'ambition nécessaire pour aller plus haut, plus loin. Il n'avait pourtant aucune autre aspiration dans la vie que d'être assez riche pour vivre une belle vie, une vie faite de festins, d'alcools et de jolies femmes. Pas original ? C'est vrai.
« - Et toi ? Pourquoi avoir quitté Darya toi qui sembles tant aimer ces îles ? Pourquoi vouloir tant me voir y revenir, si toi tu es là à te vendre aux hommes de Lanriel. »demanda-t-il sans trop de rancœur.
Après tout, si Solan n'était pas à même de trouver les raisons qui pourraient le convaincre de partir, il était peut-être capable d'en apprendre plus sur les motifs d'Una à tant vouloir le voir revenir.
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|  | |  Una Syrion
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Le parchemin ▬ CLASSE: Dessinateur ▬ LE RECIT DE MES AVENTURES : ▬ MES COMPAGNONS DE VOYAGE :  | Sujet: Re: Retrouvailles ( Terminé ) Dim 23 Oct - 22:22 | |
| Homme de Lanriel... Peut-être est-ce une insulte en effet. Il n'y a que trop de dissonances entre ce monde et le sien. La langue n'a jamais été la seule barrière entre la terre et la mer. Il lui semble que chaque chose qui paraît acquise ici est remise en cause là-bas. Pourtant, ce jugement qu'elle porte si aisément a un arrière-gout d'empressement ainsi affiché par Solan. Elle sait qu'il ne mérite pas de subir ses préjugés, ni même de souffrir ses excès d'humeur mais son renoncement était bien trop flagrant pour qu'elle ne s'en offusque pas. Ses doigts toujours emmêlés à ceux du voleur, elle pivote sur le côté malgré l'inconfort de cette posture pour sa blessure et ramène leurs mains contre elle. Elle n'aime pas l'entendre parler ainsi de ces origines. Ils ont beau savoir tout deux qu'une part de vérité se cache là-dessous, l'affirmer rend les mots plus forts, plus définitifs. Elle exhale un soupire et laisse ses doigts s'égarer dans la chevelure masculine. S'il n'était question que de physique, Solan n'aurait aucun mal à se prétendre fils de Darya. Ses yeux seuls suffisent à noyer n'importe qui. Seul son teint dénote plus fortement que le reste. Sa peau n'est pas aussi tannée que peut l'être celle exposée constamment à l'embrun et au soleil des îles.
Una ne dit rien néanmoins. Les réponses se perdent entre deux souffles. Il veut... Elle ne peut finir cette phrase pour lui et préfère le silence aux divagations. Ses désirs à elle n'entrent pas en compte dans cette réflexion. Leurs espérances n'ont pas les mêmes teintes. Elle aimerait lui souhaiter richesse et pouvoir comme elle a pu le faire pour chaque forban croisé mais elle ne sait si ce sont là ses aspirations ou s'il n'espère pas autre chose derrière ce confort matériel. Elle-même court après la connaissance pour d'autres motifs que la satisfaction personnelle. Le devine t-il ? Difficile à déterminer mais sa tirade la laisse dubitative quelques secondes. Il détourne la conversation de son cas et Una n'est pas certaine d'apprécier ce changement de cap. Elle délaisse les mèches et glisse sa main sous sa tête pour se surélever un peu. Son regard s'égare quelques instants et puis finalement sa langue se délie.
« - Je suis là pour le sérail des dessinateurs. »
Ce grand et faste palais qui recèlent de gens comme elle et de tout le savoir qui lui manque encore. Le perfectionnement de son art n'est pas chose anodine et dans son cas, il prend une tournure quasi vitale. Elle aurait beaucoup de peine à l'expliquer à Solan. Peut-être ne la comprendrait-il pas. Non. Elle sait qu'il ne comprendrait pas. N'a-t-elle pas à ses côtés l'homme qui a refoulé ses souvenirs plutôt que les préserver ? Elle s'évertue à garder intact la moindre parcelle de son bonheur passé quand Solan lui, a préféré les repousser au fin fond de son crâne et, fatalement, les nier. Elle ne le lui reproche pas. Comment le pourrait-elle ? Chaque homme posséde sa propre manière d'appréhender la vie. Les leurs divergent sur ce point, voilà tout.
« - Les créatures m'empêchent de m'y rendre seule. Il faut que je trouve des compagnons de route. L'argent que je gagne payera ce voyage. J'y resterai quelques temps, peut-être des semaines ou des mois puis je reprendrai la mer. »
Du moins est-ce là son intention à l'heure actuelle. Il n'est pas impossible qu'elle prolonge encore son séjour pour une raison ou une autre. En soi, cela n'a pas une grande importance, elle sait qu'elle retournera à Darya. Le quand est la seule variable en suspens. Son cœur se trouve toujours sur son île. Elle n'est pas une étrangère là-bas, elle est chez elle et y mènera à jamais sa vie. Ses passages en Lanriel peuvent bien s'éterniser, il n'en demeure pas moins que son existence se compose essentiellement de piraterie et d'aventure. Évidemment elle ne peut prétendre à la même débauche propre à un marin mais au moins peut-elle se targuer de quelques frasques comme de découvertes. L'océan et les terres de Lanriel conservent suffisamment de secrets pour faire fonctionner son fond de commerce. La cartographie n'est qu'à ses balbutiements entre ses mains. Elle étire son corps et laisse planer un sourire conquis sur ses lèvres.
«- Qu'importe jusqu'où l'on dérive, l'on revient toujours à notre port d'attache. C'est ancré en nous. On finit tous par en prendre conscience. »
Dernière édition par Una Syrion le Mer 16 Nov - 20:33, édité 2 fois |
|  | |  Solan Runnarth
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Le parchemin ▬ CLASSE: Singulier ▬ LE RECIT DE MES AVENTURES : ▬ MES COMPAGNONS DE VOYAGE :  | Sujet: Re: Retrouvailles ( Terminé ) Mar 25 Oct - 18:22 | |
| Le sérail des dessinateurs ? Il n'y avait jamais mis les pieds, et n'irait probablement jamais. Il ne connaissait rien de cette particularité que semblait posséder Una, celle d'animer ce qu'elle couche sur du papier. À vrai dire, il ne connaissait rien aux autres races qui peuplent Lanriel, qu'ils soient sorciers ou devins, rôdeurs ou dragonniers ... Il n'était pas curieux de ces choses là, pas curieux du monde qui l'entourait. Quelques fois, il avait été tenté de quitter Cathairfal à la recherche de quelque chose, d'autres choses en tout cas ... Il n'en avait jamais eu le courage, ou peut-être n'était-ce pas un besoin si fort en lui. Après des années passées à vagabonder dans tous les coins et recoins de la Cité royale, il semblait qu'il la connaissait par cœur, cette ville. Mais quoi ? Que devait-il y voir ? Une maison ou bien une prison ? Il ne parvenait pas à trancher et il avait peur que le discours d'Una ne le trompe sur ce qu'il pensait vraiment ... Après tout, il devinait bien la puissante influence que pouvait avoir nos souvenirs sur un esprit comme le sien. D'ailleurs, n'était-ce pas pour cela qu'il s'était débarrassé de tout ce qui se rapportait à son enfance ? Un passé, comme ça, abandonné à l'oublie. À l'époque, il devait le faire pour être capable d'avancer. Aujourd'hui, il a peur de recommencer à se repaître de cette mémoire qu'Una lui propose de retrouver à travers elle, à travers leur amitié. Ah, qu'il aurait aimé à ce moment être devin. En proie au doute, il craignait ne pouvoir compter une fois plus que sur cet instinct qui ne lui avait jamais paru si discret qu'à ce moment.
« - On dit que Loch Eydis est un endroit magnifique. » lâcha-t-il alors que la représentation imaginaire qu'il s'en faisait lui apparut à l'esprit.
Ainsi, Una cherchait à quitter la ville ? Il était bien placé pour savoir à quel point les dangers qui guettaient aux abords mêmes de la Cité étaient nombreux: non seulement il y avait ces monstres qu'il avait passé des nuits à combattre, mais aussi les brigands dans son genre qui arpentaient les routes à l'affût du premier convoi qui passe. En cela, l'interdiction de sortir seul de la Cité semblait impérative, bien que contraignante ... L'idée de proposer sa compagnie à la dessinatrice, au moins pour l'aller, lui vint à l'esprit: ce serait peut-être un moyen pour lui d'en découvrir plus sur ce qu'il ressentait à propos de cette vie qu'il mène à Cathairfal, et peut-être aussi d'agir en ami, un acte purement désintéressé ou presque ... Néanmoins, l'idée d'être peut-être confronté à nouveau à ces monstres qu'il revoyait parfois en cauchemar ne lui plaisait guère et des années d'égoïsme passées à ne se soucier que de lui-même ne pouvaient le laisser indifférent au fait qu'il risquerait probablement sa vie pour pas grand-chose, ou du moins pour pas grand-chose qui ne lui soit utile à lui. Il tourna la tête vers Una qui le regardait depuis tout à l'heure:
« - Peut-être t'accompagnerai-je. Si tu veux. » dit-il sans plus y réfléchir.
Il n'avait pas l'impression de s'engager à quoi que ce soit. Au final, ce ne serait peut-être qu'une idée en l'air et ça lui convenait bien comme ça. En fait, il comptait bien adopter cette philosophie envers Una et ce qu'elle représentait: se laisser le temps, ne pas s'engager à quoi que ce soit ... Bref, se laisser guider par cet instinct qui chez lui avait toujours eu la part belle quand il s'agissait de faire un choix. Si Una avait raison et que, comme elle semblait le croire, tout le monde était destiné à finir là où tout avait débuté, alors il n'avait pas à s'inquiéter du choix qu'il ferait, n'est-ce pas ?
« - Tu as probablement raison ... Après tout, qu'est-ce pourrait ma volonté contre celle d'Eydis et du destin qu'elle nous réserve, j'imagine ... » confia-t-il, mué d'un fatalisme dont il était difficile d'établir s'il était sérieux ou ironique. « Si elle m'en réserve un. »
Ces quelques mots sonnèrent comme une conclusion à cette réflexion qui avait animé Solan tout ce temps ce soir. Le voleur se redressa, le dos contre le mur. Il jeta un œil par la fenêtre à laquelle il était accoudé tout à l'heure. Il faisait jour maintenant. Son regard revint sur Una à qui il avait semblé si cher de rétablir une sorte d'affection entre elle et lui. Lui ne savait comment s'y livrer, comment l'aider à réparer ce lien brisé. À ce moment, il ne savait plus que dire bien qu'il il craignait l'idée même de décevoir l'entreprise de son amie en voulant s'échapper de cette chambre qui, manifestement, était propice à le rendre bien trop en proie au doute. Il resta là à la fixer, sans un mot, la noyant dans son regard.
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|  | |  Una Syrion
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Le parchemin ▬ CLASSE: Dessinateur ▬ LE RECIT DE MES AVENTURES : ▬ MES COMPAGNONS DE VOYAGE :  | Sujet: Re: Retrouvailles ( Terminé ) Mer 16 Nov - 21:17 | |
| « - Magnifique oui. Mystique surtout. »
Le lac Eydis était sans nul doute l'un des lieux les plus remarquables de Lanriel. Il s'en dégageait une atmosphère particulière. Una ignorait comment partager le sentiment de sécurité qui la gagnait à chaque fois qu'elle foulait le sol du sérail. Hors du temps, coupé de tout, il n'existait nul autre endroit mieux préservé, pourtant cela ne suffisait pas à faire la force de ce sanctuaire. Les terres alentours possédaient une essence divine et nul autre paysage n'aurait pu se lier si justement avec le nom de la déesse. De nombreuses fois Una s'était interrogée sur les origines de son don, de sa tendance pacifique et de la réputation qu'on accordait aux dessinateurs. Les réponses ne furent jamais franches mais elle se convainquit que le début d'explications ne pouvait provenir que de leur antre. Aucun artiste n'oserait souiller leurs terres de sang ou pire encore. Un frisson parcourut son échine et elle se redressa lentement. Son regard se posa sur Solan, perplexe, avant de se détourner sur un point du sommier.
Sa proposition venait de la prendre de court. Il était vrai qu'avoir un voleur dans son escorte devrait probablement limiter les tentatives de ses pairs mais cela ne rendait pas son choix judicieux pour autant. Ils s'étaient trouvés. Elle en était heureuse. Toutefois, il l'avait dépouillé. Hormis sa bonne foi apparente, rien ne promettait qu'il ne le recommencerait pas. Sans compter que ses possessions devaient se contenter du minimum vital. Accepter son offre, ou du moins la prendre au sérieux, serait envisager de subvenir à tous les frais de l'expédition, sans exception. Mentalement, elle refit le tour de ses finances et estima qu'elle était loin de posséder suffisamment pour cela actuellement. Si Solan devait faire partir du voyage, sa participation devrait excéder celle du simple épéiste. A moins qu'Eydis ne consente à lui accorder félicité par des gains plus qu'honorables dans les semaines à venir. Elle rumina l'idée avec un mince sourire et repoussa l'une de ses mèches tombantes derrière son oreille. Il lui était, de toutes manières, impossible de songer à se déplacer pour l'heure. Sa blessure à la hanche s'accommoderait mal de jours de marche. L'infection était une menace trop sérieuse pour être prise à la légère.
Délicatement, elle posa sa paume contre la main du voleur qu'elle pressa avec douceur. Si Una conservait par devant elle ses réflexions, il n'en restait pas moins que l'initiative la touchait. D'autant plus venant d'un homme qui semblait mué d'un tel désenchantement. Ce n'était pas la première remarque de Solan qui lui faisait entrevoir l'homme blessé. Car, il avait beau se parer d'une certaine force comme d'une certaine assurance, tout cela déguisait un sentiment d'injustice et de crainte. Un instant, la dessinatrice se persuada qu'il ne quémandait là que réconfort et écoute. Pourtant, cela sous-entendait plus, cela sonnait comme une prière incomplète.
« - Tu n'aurais pas survécu jusqu'ici si Eydis n'avait pas pour toi un projet plus grand que l'esclavage, l'armée ou même les dragons. Il suffit d'être patient. »
Elle lui adressa un sourire empreint de certitude, comme si au fond, elle pouvait déjà prévoir les projets qu'Eydis se faisait du singulier. Elle n'en savait rien, naturellement, mais elle rechignait à croire que chaque homme vivait sans but précis. Chaque être influait forcément sur le monde et si ce n'était pas cela, au moins influaient-ils sur un autre individu. Serait-elle ici si son Galaàn n'avait péri ? Un bruit dans le couloir coupa court à cette question et sa tête pivota vers l'origine du son. Quelqu'un se déplaçait. Le jour s'était levé, cela ne pouvait signifier qu'une chose: la matrone veillait. Elle pesta à voix basse et s'extirpa du lit avec force précaution pour coller son oreille au vantail. Les pas ne semblaient pas se diriger vers sa chambre. Leur discussion ne devait pas avoir été surprise. Elle se retourna et s'avança jusqu'à sa fenêtre qu'elle ouvrit. L'air matinal hérissa les poils de ses bras et la chair de poule anima sa peau. La ville n'était pas tout à fait éveillée. Peut-être Solan pourrait s'éclipser par la toiture sans se faire repérer. Elle tourna son regard vers lui pour l'en interroger. Passer par la porte d'entrée était envisageable mais il y perdrait là son butin de la nuit.
« - Que préfères-tu ? »
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|  | |  Solan Runnarth
▬ Contributions à l'histoire: 1297
Le parchemin ▬ CLASSE: Singulier ▬ LE RECIT DE MES AVENTURES : ▬ MES COMPAGNONS DE VOYAGE :  | Sujet: Re: Retrouvailles ( Terminé ) Mar 6 Déc - 14:28 | |
| Un projet plus grand que l'esclavage, l'armée ou les dragons ... Qu'était-ce donc, alors, ce destin qu'Una lui promettait à demi-mot, comme si elle s'improvisait prêtresse du culte d'Eydis au talent de prescience, rien que pour lui faire plaisir peut-être ... Parfois, il y songeait à cet avenir qui l'attendait, quoiqu'il en pense, quoiqu'il en fasse: cela fera bientôt trente ans qu'il respirait et vivait, survivait en fait, depuis les faubourgs des îles pirates où déjà la pauvreté l'accablait, jusqu'aux quartiers malfamés de Cathairfal, en passant par la misère de l'esclavage, peu importe que ce soit au service d'un paysan ou d'un Roi: il n'avait pas vu de différence. N'y avait-il pas eu du mieux, dans sa vie, depuis ce temps là ? Si, sans doute, car bien qu'il vivait toujours dans un certain dénuement, c'est vrai, la différence résidait dans le fait que personne n'en était responsable si ce n'est lui et lui seul. En tout cas, cela ne l'aidait pas à appréhender le futur avec moins de gravité, car, sous ces airs insouciants voir imprudent qu'il adoptait la plupart du temps, c'était bien de gravité dont il s'agissait, rien d'autre. C'était difficile pour quelqu'un comme lui de savoir réellement comment ... vivre, tout simplement. En effet, jamais il n'avait eu de réelles opportunités qui lui auraient permis de s'en sortir sans danger. On a toujours peur de la première fois et ce en toute chose, alors comment ferait-il si aujourd'hui se présentait à lui ce qu'Una lui décrivait comme le projet qu'avait Eydis pour lui ? Ne risquait-il pas de ne rien voir, tout simplement ? Il était peut-être déjà trop tard. Agacé à cette idée et par le fait même de ne pouvoir s'extirper, comme il pensait l'avoir déjà fait, de ce déferlement de questions, Solan en vint à maudire cette nuit qui lui avait ramené son amie qui, comme l'eau qui reflète un visage, l'avait obligé pour la première fois depuis des années à se regarder en face. C'était la première fois dans sa vie d'adulte qu'il avait réellement à se soucier de la façon dont il pouvait être perçu par quelqu'un qui, il aimait à le croire inconsciemment peut-être, comptait pour lui.
Soudain, Una se leva, quittant le lit pour se précipiter jusqu'à la porte de sa chambre. Sans un bruit, Solan se redressa à son tour, comprenant alors qu'il était définitivement temps qu'il s'en aille. Le jour était maintenant bel et bien là, il n'était plus question désormais de repasser par le chemin qu'il avait emprunté plus tôt, alors que le reste des occupantes du bordel dormaient à poings fermés. Una lui fit d'ailleurs très vite comprendre qu'elle était arrivée aux mêmes conclusions que lui et, ouvrant la fenêtre, lui signifiait là l'unique autre échappatoire. Le paria soupira: il avait beau être un voleur, il ne faisait malheureusement pas partie de ceux qui parvenaient à leurs fins grâce à leur agilité hors du commun ... Néanmoins, cette fois, il n'avait pas le choix, car il souhaitait avant tout éviter l'ombre même d'un ennui à Una, et pour cela personne ne devait avoir eu vent de sa présence. Ainsi, il s'approcha de la fenêtre, jaugeant rapidement la hauteur, soupira derechef avant de se retourner vers la dessinatrice:
« - J'espère que, si nous sommes amenés à nous revoir, tu choisiras de me conduire dans un endroit moins haut. » dit-il en souriant, cachant son appréhension. « Si tu cherches à me trouver, va à la taverne où nous étions, j'y serais peut-être. » ajouta-t-il avant de reprendre une dernière fois: « Et merci. »
Il sourit à Una puis s'apprêta à grimper sur le rebord de la fenêtre, empêché au dernier moment par un remords de dernière minute. Profitant que la jeune femme ait reporté son attention sur les bruits de pas qui résonnaient toujours dans le couloir, le voleur extirpa la bourse qu'il lui avait dérobée des heures plus tôt, la jetant doucement sur le lit. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce geste lui coûtait beaucoup: il se privait de son seul butin de la nuit et était donc totalement sans ressource jusqu'à ce qu'il travaille à nouveau, ce qui ne serait pas simple avec une nuit aussi éprouvante et la fatigue qui s'accumulerait alors ... Néanmoins, c'était bien la seule chose qu'il avait à sa disposition pour se faire pardonner des tourments qu'il avait infligés à Una, aussi bien ce soir qu'il y a vingt ans. Puis, rapportant son regard vers l'extérieur, il gagna le rebord de la fenêtre, hésita un instant, et s'élança.
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