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 Petit... Petit...

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Jullanar Osgrey
▬ Contributions à l'histoire: 4105

Le parchemin
▬ CLASSE: Sorcier
▬ LE RECIT DE MES AVENTURES :
▬ MES COMPAGNONS DE VOYAGE :

MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Jeu 31 Mar - 18:14

Surprise par la réaction de Madwyn, Jullanar manqua de glisser sur une plaque de verglas qu’elle avait pourtant pris soin d’éviter. Dans un tout autre contexte, elle aurait sûrement commencé à rire de sa maladresse et de son ami aux prises avec une branche morte, mais le sérieux avec lequel il lui répondit la fit se redresser sans sourire et se tourner vers lui pour l’observer. Jullanar s’était attendue à toutes les réactions, même une absence d’enthousiasme ou à un « je n’ai pas envie d’en parler », mais certainement pas à un discours aussi virulent. La Sorcière ne doutait pas que passer de temps à autres au Sanctuaire et y vivre étaient deux choses différentes mais elle avait toujours été dans des classes où les professeurs avaient été bienveillants et intéressants. Ses souvenirs étaient-ils faussés par son désir de vouloir être avec des enfants de son âge et de sa condition ou bien Madwyn exagérait-il ?

« Je te trouve bien dur, Madwyn. »

Et c’était vrai. Concernant la vie au Sanctuaire, il avait peut-être mal vécu ces années passées loin de sa famille, surtout après la mort de son père et c’était quelque chose qu’elle pouvait comprendre, à un certain degré. Mais pour ce qui était des Sorciers qui vivaient et enseignaient dans cet endroit sacré, elle le trouvait vraiment sévère. Certes, il y avait plus de vieux magiciens que de jeunes et fringants Sorciers mais ils n’étaient pas forcément tous dépassés. Inasmir avait peut-être créé la surprise et annoncé le plus grand des changements, le Sanctuaire n’en restait pas moins alerte et désireux de faire avancer la pensée et l’exercice de la magie. Evidemment, il y avait quelques anciens érudits accrochés aux anciennes traditions mais la plupart de ses confrères avec qui elle correspondait régulièrement étaient très au fait des évolutions du monde, qu’elles soient magiques, politiques ou sociales. Si Madwyn n’avait plus remis les pieds au Sanctuaire depuis la fin de son apprentissage, cela expliquait sûrement pourquoi il traitait si durement ses anciens professeurs. Ou peut-être lui avaient-ils menés la vie dure et cela n’était que du ressentiment de la part de son ami. En tous les cas, Jullanar trouvait son compagnon bien amer et elle aurait peut-être eu mieux fait de se taire et continuer son chemin que de poser la question. Mais maintenant que c’était fait, elle ne pouvait pas le laisser croire que le Sanctuaire était toujours ce nid de vieux croulants qu’il pensait être.

« C’est donc tout ce qu’on t’a enseigné ? Qu’il n’y a qu’une seule façon de pratiquer la magie et qu’elle ne peut passer que par le Sanctuaire ? Que nous ne pouvons faire que ce qu’ils nous disent de faire ? » Elle haussa les sourcils avant de tourner le dos à son compagnon pour reprendre le chemin de leur destination. « C’est dans l’intérêt de notre Ordre et de la magie que d’utiliser nos certitudes, tout ce que nous apprenons, pour les faire évoluer, leur donner de nouvelles perspectives. Longtemps, les Sorciers ont été traditionnalistes, et il en existe encore, je te l’accorde, mais nous n’avons pas attendu Inasmir pour nous intéresser à la modernité. Il a ouvert les yeux à beaucoup de monde sur les possibilités infinies de la magie mais il ne fut pas le premier à s’y intéresser. » Jullanar se souvenait de quelques noms de Sorciers dont son père lui avait parlé et de leurs théories très avant-gardistes pour l’époque dont ils étaient issus. « Le Sanctuaire n’a jamais eu pour vocation de régir notre vie ou d’être notre gouvernement. C’est un lieu d’apprentissage constant, de découvertes et de partage de celles-ci. Ce que tu décides de faire de tes connaissances ou de ta vie t’appartient, c’est ce qui fait de nous des êtres libres. »

Jullanar enjamba un tronc couché sur le chemin et se demanda si son discours n’avait pas été trop pompeux, démagogue, si ce n’est complètement hors de propos. Elle n’avait pas envie de se disputer avec Madwyn et espérait qu’il ne prendrait pas mal ce qu’elle venait de dire. Discuter ne lui poserait pas de problèmes mais elle ne serait sûrement pas de taille après toute leur aventure de la nuit passée pour une altercation. Ralentissant, elle jeta un coup d’œil au jeune homme et lui adressa un sourire contrit.

« J’espère que tout cela ne te fait pas regretter d’être venu avec moi. »

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Madwyn Dinaflet
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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Mar 5 Avr - 19:55



Agitant les bras en l’air comme des moulinets il parvint finalement à se débarrasser de la branche qui, dans un dernier élan vint lui gifler le nez. Papillonnant des paupières, il se tourna vers Jullanar qui se redressait à peine. Il croisa son regard et il sut immédiatement qu’il avait eut tort de lui livrer le fond de sa pensée. Cela sonna comme une gifle mentale magistrale. Il en était réduit à porter un masque en permanence, et alors qu’il voulait croire qu’il partageait le même appétit que d’autres sorciers il devait se rendre à l’évidence. Le gouffre qui s’étalait entre lui et Jullanar n’avait pas de limites. La magicienne faisait partie de ces figures que l’on respecte dans le monde de la magie. Il savait que dans le sanctuaire son avis devait être considéré voir même recherché. Il respectait cette figure qu’elle représentait, parce qu’il aurait aimé être identique, mais l’aiguillon de la jalousie revenait chaque fois le tarauder. Il ne comprenait pas pourquoi son brillant esprit était à ce point rejeté.

Il y avait quelque chose de dérangeant à se rendre soudain compte que chaque action ou parole n’éveille pas l’intérêt mais la peur. Certains de ses enseignants, dont un en particulier, avaient même estimé qu’il représentait une menace. Encore tout jeune il avait du se heurter à une telle opinion et y faire face, mais il n’avait jamais réellement comprit où se situait le malaise. A cette époque il aurait eut besoin de quelqu’un pour le remettre sur le droit chemin, tout aurait encore été possible. Au lieu de cela il s’était refermé sur lui-même et s’était créé ses propres règles opposant au reste du monde un visage lisse et souriant. Sans appuis il avait craint pour sa vie. Sans repères il avait franchit des barrières qu’il n’aurait sans doute même pas effleurées si son père avait toujours été vivant.

Le regard sombre il fixait le dos de Jullanar qui continuait à se frayer un passage parmi la végétation et l’abrutissait d’un plaidoyer qu’il avait déjà bien souvent entendu et qu’il abhorrait. Pourtant il ne chercha pas à la couper, préférant la laisser au bout de ses explications et opérer un repli. Il se rangerait à son avis si cela pouvait la tranquilliser, mais son opinion était faite et on ne la changerait pas. Relevant la tête au moment où elle se retournait vers lui pour faire mine d’être absorbé par son monologue, et encore plus difficile, convaincu, il lui adressa un sourire affable et hocha la tête alors qu’il enjambait lui aussi le tronc d’arbre, non sans difficultés, ce qui lui permettait de pester sans que cela soit mal pris.

« Bien sûr que non je ne regrette pas ce voyage avec toi. Simplement nous avons deux vécus différents. Mais je dois avouer que je me suis un peu emporté. Je devrais profiter de l’occasion pour réviser mon jugement. » Il força sur les commissures de ses lèvres pour qu’elles se relèvent en un radieux sourire puis il tapota l’épaule de la jeune femme pour la tranquiliser. « Je ne te savais pas aussi passionnée. C’est à se demander pourquoi nous ne t’avons pas comptée dans nos rangs. » Et voilà qu’il s’incluait dans cette bande d’imbéciles. Les mots avaient un goût acide sur sa langue et il devait se retenir de ne pas simplement se la couper.

« Trêve de bavardages. Forçons un peu l’allure. J’en ai assez de patauger dans ce glacier. » Il préféra garder le silence le reste du voyage. De plus leur avancée était pénible. La neige et les éléments gelés leur demandaient plus d’efforts et de force pour avancer et même s’ils étaient constamment en mouvement, le froid finissait par s’infiltrer sous leur peau. Madwyn ne serait pas mécontent quand les beaux jours pointeraient à nouveau le bout de leur nez. En attendant il devait veiller à ce que le sien ne gèle pas. Toujours avenant il faisait en sorte de faciliter la progression de la magicienne, attentif au moindre signe de fatigue extrême mais elle tenait bon et renforçait son admiration. Quand enfin Madwyn distingua le petit édifice qui formait le sanctuaire il laissa échapper un soupir de soulagement. Ses muscles se relâchèrent soudain après tant d’effort et il attendait avec impatience le moment où il serait installé auprès d’un bon feu, une tartine de fromage dans une main et un verre dans l’autre. Jamais il n’aurait cru que la vue du bâtiment éveillerait en lui une telle joie. Puis il y avait toujours la promesse d’une étrange découverte.

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Jullanar Osgrey
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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Dim 17 Avr - 12:33

Jullanar avait conscience d’avoir poussé le bouchon un peu trop loin en prenant ses airs de moralisatrice. Malgré le sourire un peu forcé de son compagnon et sa réponse modérée, elle se doutait qu’il n’avait pas non plus envie de se lancer dans un rude débat et qu’il avait abdiqué dans le seul but de passer à autre chose. Jullanar n’avait qu’une vision adulte du Sanctuaire alors que celle de Madwyn était toute autre. Seulement, elle ne pensait pas que leurs images du lieu puissent être si différentes. Peut-être que cette visite changerait effectivement le jugement de Madwyn sur cet endroit d’érudition. En tous les cas, si son ami était capable de plaisanterie après son édifiant discours, c’est que rancune n’était pas gardée et qu’ils pourraient continuer leur voyage sans se trouver soudainement embarrassés.

A la demande de Madwyn, la Sorcière força l’allure. Tant pis pour la conversation. Il ne leur restait plus beaucoup de route à faire mais l’hiver les ralentissait et ils eurent tôt fait de se concentrer sur leur progression pour penser à discuter gaiement. Malgré la difficulté du chemin et les efforts constants, le Sanctuaire leur apparut bientôt et Jullanar joignit son soupir de soulagement à celui de son compagnon.

« Enfin ! »

Ces quelques secondes d’arrêt permirent au froid de s’infiltrer à nouveau dans les fourrures et quand des frissons la parcoururent, Jullanar se remit en marche. Elle dévala avec précaution le promontoire sur lequel ils étaient arrivés et rejoignit le chemin sommairement tracé – quasiment invisible pour les non-initiés – qui menait aux portes du Sanctuaire. Il ne leur fallut pas plus d’une petit quart d’heure pour les rejoindre et Jullanar sentait que la perspective d’être enfin arrivée avait fait s’envoler sa fatigue et, par voie de conséquence, sa difficulté à aligner un pas devant l’autre. Aussi, quand ils furent enfin devant les immenses portes ferrées, elle avait retrouvé le sourire et une mine plus réjouie. La Sorcière utilisa le heurtoir ouvragé qu’elle abattit sur les portes à plusieurs reprises. Le bruit résonna étrangement dans le silence de l’hiver et, si elle n’avait pas su ce qui l’attendait derrière, elle en aurait frissonné d’appréhension. Moins d’une minute plus tard, on ouvrait l’un des battants et le visage amical de Fosco Hamleigh s’y encadra.

« Bienvenue au Sanctuaire, voyageurs. »

Il s’effaça derrière la porte pour les laisser entrer puis la referma derrière eux dans un grondement aussi sinistre que si cela avait été la porte d’un vieux château frappé de malédiction quelconque. Puis il s’approcha de ses visiteurs et prit les mains de la Sorcière dans les siennes. Jullanar lui sourit en retour. Fosco était un mage du Troisième Ordre âgé d’une cinquantaine d’années et qui avait toujours été le correspondant privilégié de la jeune femme quand elle avait besoin d’informations. C’était celui qui devait probablement passer le plus de temps dans la bibliothèque du Sanctuaire – il était quasiment déchargé de tout enseignement auprès des jeunes élèves tant ses recherches étaient importantes et structurées – et qui avait apporté à cette mine d’information un classement et une indexation fort utile pour aider les chercheurs à trouver rapidement ce qui les intéressait. Et comme il s’était aussi très bien entendu avec le père de Jullanar, il était devenu une sorte d’oncle bienveillant pour la magicienne.

« C’est un plaisir de te revoir, Jullanar, nous ne t’attendions pas si tôt.
- Nous nous sommes mis en route aussitôt votre message reçu, cher Fosco. »

Il lui lâcha alors les mains et sembla remarquer enfin la présence de Madwyn. Il n’avait pas semblé à Jullanar utile de présenter son compagnon, que Fosco devait certainement connaître, mais son regard la fit quelque peu douter de cette certitude. Néanmoins, le Sorcier du Sanctuaire le salua puis il se tourna vers Jullanar, s’adressant aux deux voyageurs en la regardant.

« Vous avez l’air épuisés. Que diriez-vous d’une collation avant de nous pencher sur l’affaire qui vous amène ? »

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Madwyn Dinaflet
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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Sam 23 Avr - 16:36



A mesure qu’il avançait sur le chemin, Madwyn se sentait écrasé par le poids de ses secrets. S’il détestait la forteresse pour de nombreuses raisons, elle n’en restait pas moins un phare dans son existence et avait imprégné la majorité de sa vie. Lui qui croyait s’en être affranchi se rendait compte à quel point il avait pu se tromper. Ses pas suivaient les mêmes traces qu’il avait laissées ici, enfant, puis tout jeune adolescent. Il ne pouvait totalement rejeter la force des enseignements qu’il avait reçus, ni la passion que cela avait éveillée en lui, ni même la frustration qu’il avait ressentie quand il s’était soudain rendu compte que ses efforts ne réveillaient pas l’enthousiasme qu’il avait escompté. Ce voyage qui l’avait d’abord enthousiasmé venait de faire ressurgir bon nombre de sujets qui réveillaient son inquiétude. Ici il n’était pas maître et il devait surveiller chacun de ses gestes avec plus de prudence encore car certains de ses anciens professeurs n’étaient pas dupes, ils savaient ce qui se cachait derrière son apparente amabilité.

La porte s’ouvrit dans un grincement et son cœur se mit à se cogner dans sa poitrine tant ce simple son et cette odeur de bois tapissait son esprit de myriades de souvenirs. Milles fois il s’était échappé des enceintes protectrices de la bâtisse pour aller courir l’aventure. D’abord dans les fourrés proches, puis de plus en plus loin, jusqu’à ce que les alentours du sanctuaire imprègnent son être et qu’il ne soit qu’un élément de plus tel la pierre ou la boue. Il avait su reconnaître la façon dont le temps avait affecté chaque pousse, poli chaque pierre, créé des dénivelés et ouvert de nouveaux chemins. Il avait façonné son esprit de la même manière, avec patience, laissant le temps et les éléments faire leur œuvre.

Revenant au présent, Madwyn avança à pas prudents à l’intérieur de l’enceinte. Fosco semblait partager la joie de Jullanar, et tous deux arboraient de magnifiques sourires. Se sentant obligé Madwyn en plaqua un non moins superbe sur son visage et éprouva avec aigreur les tiraillements sur sa peau agressée par le froid. Le vieux magicien était un monument au sanctuaire, éminent mais qui passait bien plus de temps le nez fourré dans ses ouvrages qu’à la pratique de la magie. Madwyn avait souvent supporté sa présence parce qu’il avait passé un temps non négligeable à l’étude de nombreux ouvrages. Fort heureusement, l’homme l’avait laissé la plupart du temps vaquer à ses occupations et ne l’avait pas assommé de discours moralisateurs, comme d’autres avaient pu le faire. Mais suite à une discussion qu’il avait surprise, Madwyn avait perçu que sa bienveillance s’était muée en réticence. Jamais pourtant il ne lui avait donné la satisfaction de vérifier ses doutes.

Il prit la main parcheminée du vieil homme dans les siennes et sous ses doigts encore vigoureux sentit que le temps là aussi avait fait son œuvre. La peau du vieil homme était aussi rêche que les pages des ouvrages qu’il tournait, et son teint cireux comme les bougies qui n’amenaient jamais assez de lumière. On aurait dit que son visage avait fondu sous l’effet du temps et ses traits étaient gommés. Il possédait pourtant, d’impressionnants sourcils qui s’agitaient dans tous les sens, guidés par le rythme de ses réflexions. On aurait dit que deux grosses araignées s’étaient greffées juste au dessus de ses yeux. Très vite l’homme ne posa son regard que sur la grande blonde qui le secondait et Madwyn éprouva du soulagement à ce que le charisme de Jullanar soit tel qu’il l’écarte de toute attention.

Il suivit les deux sorciers à travers les dédales de couloir de la forteresse, surpris d’en connaître toujours aussi bien les secrets et de voir que ses souvenirs n’étaient pas loin de la réalité. Il comprenait pourquoi cet endroit avait acquis ce statut si particulier de sanctuaire. Il était un refuge pour toutes les âmes égarées. Ils pénétrèrent dans une pièce dont tous les meubles avaient été rassemblés autour de l’âtre de façon à se préserver du froid persistant. L’air embaumait le bois et la sève et il y régnait une telle atmosphère de tranquillité que le sorcier laissa derrière lui les péripéties de son voyage. Son estomac se rappela à son esprit et il n’eut de cesse de retrouver la paix en voyant les plats déposés devant lui. C’était un repas simple mais tout de même généreux et Madwyn éprouva avec délice le piquant du fromage de chèvre. Quand il en eut assez, il versa sur une énorme tranche de pain de la liqueur de framboise et il saupoudra le tout de sucre, sa langue claquant contre son palais sous l’effet du plaisir. Pour atténuer les brûlures de sa gorge, il avalait de grandes lampées de lait chaud si gras qu’il coulait sur sa langue comme de la crème. Le ventre plein il se cala contre le dossier de sa chaise et parut enfin s’éveiller à ce qui l’entourait. Un sourire de contentement se déposa sur ses lèvres et disparut subitement lorsqu’un quatrième sorcier fit son apparition. Le regard qu’il lança à l’attention de Madwyn était clair, il n’avait pas l’intention de le lâcher.

« Alors dites moi… » Commença Madwyn, retrouvant un sourire sybillin. « Qu’elle est donc cette merveille qui méritait notre venue ? »


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Jullanar Osgrey
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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Dim 8 Mai - 17:58

Si Jullanar était rongée par la curiosité et un ardent désir de découvrir enfin ce pour quoi ils étaient venus, elle n’en fut pas moins reconnaissante à Fosco de leur proposer de se restaurer et de se reposer avant de passer aux choses sérieuses. Après l’aventure qu’ils avaient vécue, ils pouvaient bien attendre quelques instants de plus. Le manuscrit ne s’envolerait pas. Aussi suivit-elle le vieux magicien à travers les couloirs du Sanctuaire. N’étant venue qu’en de trop rares occasions, Jullanar ne reconnaissait pas grand-chose hormis quelques salles ou pans de décorations qui l’avaient marquée pour une raison ou une autre. Ils rencontrèrent sur le chemin d’autres érudits et de jeunes Sorciers en apprentissage qu’ils ne manquèrent pas de saluer d’un simple signe de tête ou de plus amples formules de politesse, jusqu’à parvenir dans une salle qui avait été préparée pour leur arrivée.

La Sorcière s’assit sur l’un des confortables fauteuils qui entouraient la table recouverte de victuailles diverses et remercia Fosco avant de se jeter sur la nourriture comme une morte de faim. Car c’était bien ce qu’elle était. La veille, elle avait rendu son dîner et ce matin, elle n’avait eu que des racines pour petit-déjeuner. Tout comme Madwyn, elle appréciait son repas et, entre deux bouchées de pain et de fromage, discutait avec Fosco des dernières nouvelles du Sanctuaire et des Sorciers. A dire vrai, c’était le vieillard qui faisait toute la conversation, non seulement parce qu’elle avait la bouche plein à chaque seconde, mais aussi parce qu’elle n’avait rien de très palpitant à lui faire partager. Elle préparait certes une « mission de reconnaissance » dans les marais de Dorcha Dúil mais il y avait encore beaucoup à faire avec Aislin, qui devait leur trouver un compagnon de route, avant de se lancer. De plus, elle ne souhaitait pas alarmer son vieil ami pour rien, surtout s’ils revenaient bredouilles de ce dangereux périple. Heureusement, il y avait tant de temps que Jullanar et Fosco ne s’étaient revus que la vieux Sorcier se montrait particulièrement volubile même si lui non plus n’avait pas de grandes nouvelles à lui faire partager. En réalité, la jeune femme se demandait si le bibliothécaire ne passait pas trop de temps enfermé dans ses livres car, à chaque fois qu’ils se voyaient, c’était la même histoire : Jullanar ne pouvait pas en placer une. Elle le soupçonnait même d’utiliser son apparent silence auprès de ses collègues pour mieux collecter les ragots et lui en faire part lors de ses visites. Ainsi eut-elle droit aux dernières nouvelles sur à peu près tout ce qui concernait le Sanctuaire et ses pensionnaires, y compris ceux des cuisines. Il était étrange de constater que même les plus grands savants pouvaient se comporter comme les demoiselles de la Cour qui chuchotaient en riant derrière leurs éventails ouvragés. Cela amusait beaucoup Jullanar mais la pensée que beaucoup des Sorciers ne devaient pas apprécier Fosco fit peu à peu son chemin dans son esprit.

Le flot des paroles de Fosco se tarit quand un Sorcier fit son entrée dans la pièce. Jullanar ne le reconnut pas, pour peu qu’elle l’ait jamais rencontré, mais le regard qu’il posa sur Madwyn semblait sans équivoque. La Sorcière se tourna vers lui quand il posa la question pour laquelle ils étaient venus de si loin. Il sembla que ce fut le signal car Fosco se leva aussitôt de son siège, retrouvant son attitude habituelle d’érudit discret et bienveillant.

« Je vous propose d’aller la voir par vous-mêmes, chers amis. »

Avec un sourire, il prit la main de Jullanar pour l’aider à se lever puis la lâcha pour rejoindre l’homme qui était entré quelques instants plus tôt. La jeune femme n’entendait pas ce qu’ils se disaient et cela n’avait sûrement aucune importance alors elle profita de ce moment pour rejoindre Madwyn tandis qu’il se levait à son tour.

« Tu le connais ? »

Au même instant, Fosco invita ses deux invités à le suivre, lui et l’autre Sorcier, et c’était reparti pour une petite promenade dans les couloirs du Sanctuaire, cette fois jusqu’à l’objet de leur voyage.

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Madwyn Dinaflet
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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Mer 3 Aoû - 19:35



Le sourire de Madwyn s’élargissait à mesure que les secondes s’égrenaient, comme un moyen de mieux cacher sa nervosité. Le mage Ian, un grand brun à l’aspect solide et aux mains comme des battoirs, avait été l’un de ses professeurs tout au long de son apprentissage et sans doute celui qui posait le regard le plus sévère sur son « épanouissement ». Madwyn savait, il avait regardé au fond de son âme et y avait vu sa noirceur. Sa présence en cet instant n’était pas bon signe, et le jeune sorcier craignait que tous ses efforts aient été infructueux. Il n’était pas du genre à voyager simplement pour la beauté du panorama, chacun de ses gestes avait un but bien précis, une raison d’être. Perdre autant de jours pour un résultat nul était une véritable catastrophe pour lui, même si paradoxalement, son crapahutage dans les broussailles l’avait rapproché de la sorcière de premier ordre.

Il tourna son regard vers la grande blonde, ressentant un certain soulagement à la savoir là. Il fallait dire que de la sorcière émanait un je ne sais quoi auquel il était difficile de rester insensible. Sa perte aurait été un véritable drame dans le monde magique, à bien des égards. Encore jeune, elle avait pourtant déjà marqué les esprits et il ne doutait pas que son nom deviendrait légende. Tout comme le sien.

« Un de mes vieux professeurs. Je n’ai pas toujours été très patient face à ses enseignements. » Madwyn choisit de répondre sur le ton de la plaisanterie, déguisant à moitié le ressentiment que le vieux mage éprouvait à son égard. Personne ne pouvait lui en vouloir d’avoir été jeune et impétueux.

« Je regrette parfois d’avoir été si peu attentif. Ses conseils ont toujours été avisés. » Ajouta-t-il pour faire bonne mesure. Puis il emboîta le pas aux deux vieillards.

Plus ils s’enfonçaient dans la bâtisse et plus Madwyn était persuadé qu’elle faisait partie de ces choses immuables, même avec le temps. Serait-il revenu un siècle après qu’elle aurait toujours eut cette même odeur de vase de et feu de bois, ce même rythme, comme si elle influait sur ses occupants et non le contraire. Il se surprenait à évoluer du même pas discret que jadis, ses doigts courant sur la pierre nue et froide, le nez pointé vers le sol. Puis peu à peu les détails lui échappèrent, et son attention toute entière fut happée par ce vers quoi ils s’acheminaient. Ce manuscrit… S’il tenait réellement ses promesses il pourrait bien changer le cours de sa vie. Le sorcier de second ordre n’imaginait pas que les années de recherche aient pu être si pénibles et qu’une réponse lui soit ainsi offerte. Bien étrange destin.

Il entendit une clé qu’on faisait tourner dans une serrure et son impatience monta d’un cran. La porte grinça sur ses gonds et s’ouvrit sur une pièce peu éclairée et dont l’air été saturé de poussière. Une preuve supplémentaire de l’importance de cette découverte. Il attendit qu’on l’invite à entrer mais tout était trop lent et cérémonieux à son goût. Les secrets qui gisaient dans le flanc de ces pages avaient bien assez attendu. Il avança à pas rapides jusqu’à la table où avait été déposé l’ouvrage, le bout de ses doigts le picotant d’impatience. Sa mâchoire crispée trahissait son envie et la tension qui l’habitait.

« Sieur Dinaflet. » Il se retourna, le regard sauvage, surprit par cette brusque interruption. « L’honneur en revient uniquement aux sorciers de premier ordre… »



(oui tu as le droit de me fouetter )
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Jullanar Osgrey
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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Ven 12 Aoû - 17:44

Jullanar ne fut pas étonnée de la réponse de son camarade. Non seulement la patience n’était jamais la qualité première des enfants, mais elle imaginait très bien Madwyn en jeune garçon un peu rebelle, donnant du fil à retordre à tous les adultes autour de lui. Elle devait sûrement avoir quelques souvenirs de l’époque où ils étaient petits mais rien ne lui revenait à ce moment-là. Aussi se contenta-t-elle de suivre la petite procession des Sorciers à travers le dédale du Sanctuaire. Ils croisèrent assez peu de confrères et consœurs sur le chemin et, au fur et à mesure de leur avancée, Fosco et le deuxième Sorcier – dont elle ne connaissait toujours pas le nom et la fonction, soi dit en passant, ce qui devait témoigner d’une certaine agitation autour de leur objectif – s’enfonçaient un peu plus dans leur conversation animée et pourtant quasi-silencieuse. Jullanar profita de ces instants pour mieux appréhender les lieux, essayant de se rappeler quelles pièces elle connaissait, par quels couloirs elle était déjà passée. La construction labyrinthique du Sanctuaire la fit rapidement abandonner cette idée. Malgré un sens de l’orientation raisonnable, elle doutait de retrouver le chemin de la sortie, ou même de la pièce où ils s’étaient arrêtés pour se reposer quelques minutes plus tôt.

Heureusement, ils furent bientôt arrivés à l’endroit tant attendu. Le cliquetis de la serrure fut suffisamment bruyant pour que tout le bâtiment entende ce qui allait se passer. D’elle ou de Madwyn, elle ne savait lequel des deux était le plus impatient à l’idée de découvrir enfin le manuscrit pour lequel ils avaient combattu un troll, mais son compagnon ne s’en cacha pas car il fut le premier devant le pupitre où reposait un livre, tel une pierre précieuse sur son socle dans un trésor royal. Derrière l’épaule de Madwyn, Jullanar observa l’objet, sa couverture de cuir étonnamment bien conservée malgré l’âge que ses confrères attribuaient au manuscrit, ce qui signifiait que le Sorcier qui avait réalisé cet ouvrage possédait le pouvoir d’Enchantement. A dire vrai, cet ouvrage aurait très bien pu avoir été réalisé et écrit en cette époque. Et comme il ne semblait pas très logique d’enchanter un manuscrit sans grand intérêt, il y avait de grandes chances pour qu’il recèle quelque trésor.

L’intervention de Fosco fit presque sursauter la Sorcière qui, après avoir compris ce qu’il venait de dire, adressa un sourire presque embarrassé à Madwyn. La tradition et l’importance des rangs étaient profondément ancrés dans les mentalités du Sanctuaire – l’une des raisons pour lesquelles son père n’accepta jamais d’y enseigner et de s’y enfermer. Jullanar passa ainsi devant son compagnon et reprit son examen de l’objet. Elle se pencha sur le pupitre pour mieux observer les détails, appréciant les détails ouvragés de la couverture. Les motifs étaient anciens et ressemblaient un peu à ceux qu’ils avaient réussi à conserver du peuple elfique. Il n’y avait probablement aucun rapport entre les motifs et le contenu du livre mais les Sorciers avaient sûrement déjà du noter toutes ces choses.

« Quand avez-vous réussi à l’ouvrir ?
- Hier matin. Ce fut l’ancien professeur de Madwyn qui répondit. L’enchantement était très complexe et il nous a fallu un certain temps pour le défaire. »

Jullanar acquiesça. N’étant pas enchanteresse, elle avait toujours eu un peu de mal à imaginer la complexité que ce type de sort pouvait avoir, mais l’image qu’avait utilisée son père à l’époque avait été très parlante. Imagine une corde sur laquelle est fait un nœud différent toutes les deux coudées. Le lendemain, il lui avait apporté cette dite corde et l’avait chargée d’en défaire tous les nœuds. Ce qui lui avait pris un certain temps… Et c’était sans compter l’absence de magie ou le fait qu’elle connaissait l’état physique des nœuds, ce qui n’était pas le cas quand il s’agissait d’un enchantement, invisible à l’œil nu.

Finalement, Jullanar posa sa main sur la couverture du manuscrit et c’est avec une certaine appréhension qu’elle souleva le cuir pour faire apparaître la première page…


(Non, je te laisse la partie la plus croustillante à la place... )

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Madwyn Dinaflet
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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Mer 5 Oct - 18:43




    Madwyn se mordit la joue et fit un pas en arrière, son regard morne balayant les deux illustres enseignants. L’interdiction était une gifle à son égo, déjà suffisamment malmené et quiconque qui connaissait le jeune sorcier savait que la patience n’était pas une de ses vertus. Relégué au rang d’observateur, il essayait de s’imprégner de l’aura mystique du manuscrit et suivait tous les gestes de Jullanar avec une minutieuse attention. Il leva les yeux au ciel, pestant intérieurement quand un des professeurs annonça que l’enchantement leur avait été difficile à lever. Il pensait ces vieillards grabataires et proches de l’extinction, ne doutait pas qu’il lui aurait fallu moitié moins de temps pour percer à jour les secrets de cette vieille relique. L’arrogance du jeune sorcier concernant sa magie était sans faille.

    Il poussa un soupir en voyant toutes les précautions dont usait Jullanar pour découvrir le manuscrit, sachant que la beauté de sa couverture n’avait absolument aucune incidence sur son contenant. S’il avait fait tout ce chemin c’était pour trouver quelque chose de concret et pas pour s’extasier sur un bout de cuir ouvragé. Au bord de l’évanouissement, tant l’impatience faisait battre le sang à ses tempes, il s’avança à nouveau. Il avait laissé Jullanar toucher le manuscrit la première, il ne voyait pas pourquoi il attendrait une seconde de plus pour lire ses pages. Il ne pouvait tout simplement pas.

    Une main se posa sur son épaule mais il se dégagea d’un geste rude, fusillant du regard le vieil homme qui avait tenté de l’arrêter. Ses pupilles s’enflammèrent, lumière dorée dans l’obscurité de la pièce et une main invisible contracta la trachée du vieil homme et l’obligea à reculer. Saisit de stupeur il porta une main à son cou et trembla sous le regard mauvais du jeune sorcier dont il fut le seul témoin avec son collègue enseignant. Rapide, les doigts de Madwyn effleurèrent une vieille page couverte de poussière. Le papier était à la fois doux et rugueux sous ses doigts, comme poli par les années mais toujours habité de matière. Les lettres dansèrent sous ses doigts et l’encre sembla s’estomper alors qu’une plainte, qu’on aurait dite provenant d’une gorge humaine, s’éleva de l’ouvrage.

    Une bourrasque s’en échappa presque aussitôt, projetant les sorciers au sol et balayant tout objet qui se trouvait dans la pièce. Une véritable violence qui se nourrissait au cœur du manuscrit et écrasait au mur les meubles qui retombaient en miettes et dont les débris étaient charriés dans un tourbillon qui enflait et emplissait tout l’espace. Un pied de chaise heurta même le sorcier à la tête et il se sentit désorienté. Puis le calme retomba d’un coup, laissant Madwyn pantelant. Hagard il prit quelques secondes pour se redresser. Le manuscrit lui avait disparut. Ne restait que le désordre provoqué par la tempête. Un souffle rauque soulevant sa poitrine, le sorcier de second ordre baissa son regard sur sa main tremblante, fixant l’extrémité de ses doigts comme s’il eut s’agit d’un mal extrême.


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Jullanar Osgrey
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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Lun 24 Oct - 16:07

[ ]

Tout se passa très vite. Trop vite. Obnubilée pour la contenu du l’ouvrage magique, il fallut un certain temps à Jullanar pour comprendre ce qui se passait. Jusqu’à ce qu’elle se retrouve projetée au fond de la pièce, sa chute amortie par le Sorcier qui se trouvait derrière elle. Fosco râla de douleur, non seulement causée par sa réception sur les pierres du sol mais aussi par le poids de sa consœur qui s’était écrasée sur lui. Jullanar reprit peu à peu conscience, tout comme ses camarades. Le manuscrit avait disparu, proprement envolé ! Que s’était-il passé ? Le Sanctuaire avait réussi à déjouer le sortilège d’ouverture alors pourquoi maintenant ? Jullanar avait juste eu le temps de remarquer que Madwyn s’était approché du livre avant que celui-ci ne leur explose à la figure. Etait-ce lié ?

Jullanar se releva, puis aida son confrère à faire de même tandis que leurs compagnons se remettaient également de leurs esprits. La Sorcière s’approcha du lutrin où il ne restait que de la poussière et des petits morceaux de papier. Mais elle n’aurait su dire si ces derniers venaient de l’ouvrage volatilisé ou du chaos engendré par la violence du sort. En tous cas, le livre avait bel et bien disparu. Tout comme son contenu…

« MADWYN DINAFLET ! »

La voix rugit, tel le tonnerre par une nuit d’hiver. Aussi surprise que ses compagnons, Jullanar se tourna vers l’ancien professeur de son ami, dont la figure rouge de colère semblait sur le point d’exploser. Il semblait contenir sa rage pour ne pas déclencher ses pouvoirs, qui se révèleraient probablement destructeurs si l’on en jugeait par son expression. Et il semblait aussi ne pas vouloir en dire plus, comme si prononcer ce simple nom était suffisant pour faire connaître le fin fond de sa pensée à l’intéressé. Jullanar revint au milieu de la pièce, dans le but de s’interposer en cas de déclenchement de fureur. Elle sentait Madwyn, comme son professeur, atteint d’une certaine fébrilité, propre à celle que l’on peut ressentir à l’approche d’un combat.

« Calmez-vous ! Personne n’est blessé… » Fosco vint à son aide en essayant de calmer le vieux professeur qui ne semblait pas vouloir décolérer.

« Je croyais que vous étiez venus à bout du sort de protection…
- C’était le cas… mais il semble que le manuscrit contenait d’autres sorts.
- Seuls les Sorciers de Premier Ordre pouvaient le toucher, intervint l’ancien professeur de Madwyn en lui lançant un regard noir.
- Je suppose que vous avez eu le temps d’en faire une copie ? » Jullanar s’adressa à Fosco, faisant fi de la remarque de l’autre Sorcier.

Les deux vieux enseignants se jetèrent un vague coup d’œil et, tout à coup, les visages changèrent d’expression, plus pâles. Alors Jullanar comprit. Le manuscrit de Shaod était définitivement perdu et continuerait à garder son secret, tel que le Sorcier qui l’avait enchanté l’avait voulu. Tout cela à cause de Sorciers incompétents qui avaient omis de commencer à copier le vieux livre dès l’instant où ils avaient réussi à l’ouvrir. Et d’un impatient qui avait transgressé une simple règle. Jullanar était non seulement dépitée par cette déconvenue mais aussi en colère envers le Sanctuaire et contre Madwyn, qui avait fini de faire de leur quête un véritable gâchis.

Furieuse, Jullanar se détourna et sortit de la pièce, abandonnant ses trois confrères à leurs fautes respectives.


Spoiler:
 

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Madwyn Dinaflet
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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Lun 9 Jan - 17:57



    Dans la pièce flottait les résidus de la magie comme l’odeur d’une vieille mort. Une odeur persistante qui faisait frémir les narines de Madwyn, faisait courir la chair de poule sur sa peau et lançait des éclairs dans son épine dorsale. Tout son être ce tendait vers ce doux mirage qui s’évaporait à chaque seconde. Mais il ne parvenait à définir, qui du sort ou de l’ouvrage en lui-même en était la source. Formidable gâchis au demeurant. Ses muscles se contractèrent alors que son nom s’élevait dans la pièce, avec rage et accusation. Il se tourna vers le vieil homme qui avait jalonné une partie de son existence, l’avait connu à un âge où il était difficile de dissimuler la personne que l’on est. Il affronta son regard noir, retint le sourire sardonique qui voulait percer sur son visage. Le voir dans un tel état allumait une flamme de bonheur en son être, événement toutefois assez rare pour être fêté. Relevant le menton, laissant ses bras retomber le long de son corps, les doigts déliés, caressant l’air et sentant ses pulsions, il s’apprêtait à répondre à toute éventuelle attaque. Aengus était un homme au caractère placide, auquel il était difficile de faire perdre tout contrôle, Madwyn aurait adoré le voir se plier sous les affres de la colère. Il voulait boire cette souffrance là, voir la déchirure de son âme, rendre au centuple ce qu’on lui avait fait endurer.

    Mais Fosco vint interrompre le duel silencieux que s’étaient lancés les deux hommes. Voix de la sagesse comme toujours, il exhortait les esprits au calme. Lorsqu’il rencontra à nouveau le regard noir de son ancien professeur, Madwyn crut qu’il avait découvert jusqu’au moindre de ses petits secrets et il affecta une moue déçue quand ce dernier accusa son rang. Car le sorcier de second ordre l’avait sentit vibrer en son être tout entier, le refus du manuscrit à être touché par une âme telle que la sienne. Noire. Pourrie jusqu’à l’os. Rongée par la tristesse et l’ambition. Un dégoût profond avait envahit le jeune homme, miroir des « sentiments » du manuscrit. Pouvait-il lui prêter une telle force ? Est-ce que le livre avait le pouvoir de choisir ceux à qui il était destiné ? L’impatience de Madwyn monta d’un cran et retomba tout aussi sec en apprenant que ces secrets étaient perdus à jamais. Il ne retint pas Jullanar, comprenant que trop bien son désappointement. Si l’on pouvait user de ce mot. Tout ce chemin pour rien. Tout ces efforts pour du vent.

    « La peste soit de votre engeance Dinaflet. » Croassa Aengus qui s’avançait vers lui, retenu par sa manche par un Fosco toujours aussi livide. « Le temps n’aura donc pas guérit votre… »
    « Mon ami… » Intervint Fosco dans un souffle, sa main posée sur son épaule. « Mon ami… Ne prononcez pas aujourd’hui des paroles que vous pourrez regretter un jour. » Le vieil homme essayait de se montrer conciliant. Il sentait sous sa paume le corps de son ami frémir, comme en proie à la plus grande colère, ou au plus grand dégoût.
    « Ne voyez vous pas… »
    « Oh il le regretta… » La voix de Madwyn trancha net, arrêtant le conciliabule des deux vieillards. Ils se tournèrent vers lui, et pâlirent d’avantage si c’était possible. « … mais pas pour les raisons que vous voudriez invoquer. »

    « Par Eydis… » S’étranglèrent-ils, alors que le sorcier quittait la pièce, les laissant en proie aux pires doutes, nés de ce qu’ils avaient lu dans son regard.

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