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 [ Terminé ] Chacun préfère son intérêt à celui du prochain ▬ Izhelindë

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Izhelindë Hardansson
▬ Contributions à l'histoire: 605

Le parchemin
▬ CLASSE: Singulier
▬ LE RECIT DE MES AVENTURES :
▬ MES COMPAGNONS DE VOYAGE :

MessageSujet: Re: [ Terminé ] Chacun préfère son intérêt à celui du prochain ▬ Izhelindë   Jeu 9 Fév - 0:37

    Si Galahad était encore capable de se faire désagréable, il n'y avait aucune crainte à avoir concernant sa santé. Son inquiétude fut balayée aussi promptement qu'il ne le fit pour son interrogation, il n'appréciait guère être maternée, ce qu'elle semblait parfois omettre entre deux élans de sympathie. Presque aveuglée par le déploiement fastueux qui s'étendait dans la salle, la dryade fut quasiment désorientée de ne voir que richesse rutilante à l'horizon. Elle se frotta brièvement les mirettes pour les habituer à la luminosité dorée, de frêles secondes qui furent suffisantes pour que le forgeron ait disparu entre temps. Epée avait-il dit ? Elle ne distinguait pas la sienne à son fourreau, mais puisqu'elle les avait accompagnés dans leur glissade sans doute n'était-elle pas loin d'eux. Elle se mit également à fureter dans l'espoir de la retrouver, bien qu'elle ne remettait pas la force brute du colosse en question, il était plus avisé qu'il soit muni de son arme. Par ailleurs, elle vérifia que son arc trônait encore intact dans son échine, soulagée de constater que la culbute ne l'avait pas esquinté. Son compagnon fut plus véloce qu'elle, lame à la main, ils partirent en quête de leur comparse d'infortune dont les clameurs devenaient agaçantes. Suivant ces dernières, ils parvinrent jusqu'à la créature inapte à mouvoir, gracieusement achevée d'une décapitation qui ramena un silence aussi lourd que soulageant pour leurs pauvres tympans. Ne restait plus qu'à espérer qu'elle était l'unique de son espèce qu'ils rencontreraient, elle commençait à croire que les défunts étaient d'une compagnie encore plus mortelle que l'étaient les vivants.

    Le feu-follet les rejoignit alors, tirant une risette à la demoiselle. Il leur avait été d'une précieuse aide durant leur expédition, ceci malgré les embûches rencontrées. L'artefact était tout proche, ils auraient bientôt le loisir de se complaire dans leur réussite, éloges qu'ils auraient amplement méritées. Izhi arriva aux côtés de son compagnon qui lui adressa une question bien étrange : des dragons ? Elle n'était pas convaincue que de tels reptiles iraient siéger dans un endroit comme celui-ci, mais après ce qu'ils avaient vécu ces dernières heures, peu de choses seraient encore aptes à la surprendre. Qui pouvait savoir ce que les sorciers étaient capables d'invoquer pour préserver leurs trésors. Bien plus que ce que l'opinion publique serait à même d'imaginer. Elle n'avait cependant pas matière à lui répondre et se contenta de hausser les épaules avec une mimique labiale qui témoignait de son ignorance à ce sujet. Ils ne tarderaient pas à le découvrir. D'ailleurs, ils se remirent en route, ondulant entre les monceaux sans oser tenter de les dénombrer. Puisqu'une fois n'était pas coutume, une huis dantesque s'imposa à eux, désignée par la nitescence. La poignet ne manqua pas d'intriguer la demoiselle, tout comme son acolyte qui la questionne du regard autant qu'elle le fit avec lui. Courage au paroxysme, il entreprit de l'ouvrir, cette-fois ci sans grand mal à leur plus grand étonnement. Une moue posée sur les lippes, elle exprima sa méfiance en plissant les yeux comme si cela l'aiderait à distinguer la moindre manifestation anormale. Néanmoins, rien ne semblait entacher la sûreté qui s'étendait face à eux, il leur suffisait d'avaler la distance qui les séparait d'un mystérieux scabellon. Prête à pénétrer dans la pièce, elle fut tout aussi stupéfaite que Galahad lorsqu'elle aperçut ce dernier au bord du gouffre et de la chute. Elle lui agricha son vêtement pour le retenir après avoir bloqué sa respiration d'effroi et l'encouragea à reculer.

    L'illusion se révéla alors, particulièrement ingénieuse et réaliste, de quoi décontenancer la princesse qui plongea son regard dans celui ambre de son compagnon. Le recueil était peut-être leur panacée, en effet, elle le relâcha pour s'emparer de celui-ci et le feuilleter avec empressement. Elle revint plusieurs fois en arrière, s'attarda sur un chapitre, puis un autre, jusqu'à lire une tirade à voix haute.


    « Les Cupides sont aveugles. L'Infortune n'est malchance qu'aux yeux de ceux qui le veulent. » Vint un long silence. « … C'est quoi ce charabia... » A nouveau, plus un son. Un regard insistant sembla la poignarder. « … Je réfléchis, je réfléchis ! »

    Lança t-elle en guise de justification. Galahad n'était – tout comme elle d'ailleurs – pas un modèle de patience, un fait d'autant plus avéré s'il se sentait impuissant. C'était justement leur cas, car même le feu-follet continua de flotter d'un air guilleret sans intention de les guider. Izhelindë fureta les moindres recoins de la pièce à laquelle ils ne pouvaient encore accéder, triturant ses méninges en se répétant incessamment cette phrase qui ressemblait à un indice tacite. Elle pivota en direction de la vallée d'opulence, puis songea silencieusement. L'or était indéniablement lié à la notion de cupidité, et donc de cécité. L'argent corrompait les gens par son seul chant, ce qui causait l'infortune de beaucoup. Mais s'il n'était guère question de malchance, qu'était-ce donc ? Elle soupçonna alors un jeu de mots habilement crée : l'or était fortune et le commun des mortels était aveuglé par sa préciosité, en le sacrifiant, ils pourraient voir au-delà de son ensorcellement. L'explication était sinueuse, elle n'était pas certaine de pouvoir la présenter au forgeron sans risquer de le perdre en plein milieu. Elle poursuivit néanmoins sa réflexion puis, fit un claquement de doigt pour illustrer une idée qu'elle ne tarda pas à mettre en pratique. Elle se dirigea vers un monticule dont elle prit une abondante poignée de pièces, puis revint aux abords de l'abîme qu'elle estima un bref instant. Sans raison apparente, elle lança les précieux métaux dans le vide... Mais rien ne se produisit. La nymphe recommença, effectuant cette fois-ci le jet dans une autre trajectoire, et à la surprise générale, certaines pièces flottaient dans les airs comme déposées sur une surface imperceptible.

    « Héhé, ce n'était pas si compliqué. Je t'épargne le pourquoi du comment, pour ton propre bien. » Elle observa le sentier d'or. « Ca a l'air super étriqué, à peine de quoi y poser le pied... » Elle vida sa besace et confia l'ouvrage au jeune homme. « Ce sera plus facile pour moi, je vais traverser. Veille à ce que rien ne me déconcentre. »

    La naïade s'arma de plusieurs poignées de pièces qu'elle pourrait disperser à sa guise et découvrir le bon chemin à emprunter. Sans doute plus apte à l'équilibre que le forgeron, elle avait jugé plus judicieux de se porter volontaire plutôt que de l'envoyer à la mort. Après une dernière oeillade, elle entama la traversée, lentement et avec attention, consciente que la moindre erreur d'harmonie lui serrait fatale. L'exercice en était d'autant plus désarmant que seul le néant persistait sous elle, chaque pas semblait être voué à se faire happer par la cavité sans fond. La poitrine douloureusement martelée par son eurythmie chambardée, la sueur perla furtivement sur son front face à l'effort de concentration allié à une peur réprimée autant que possible. Par quelques fois, elle s'offrit des sueurs froides et frôla l'arrêt cardiaque en manquant de glisser ou en déposant le pied au mauvais endroit. Fort heureusement, elle parvint toujours à préserver son talent jusqu'alors inconnu de saltimbanque, et à la suite d'interminables minutes d'acharnement, sauta jusqu'à l'étroite plateforme au centre de la pièce. Contrainte de s'agripper à même le piédestal pour ne pas chuter, la belle prit le temps de se rassurer et de retrouver une respiration à la lisière de la normalité en adressant un regard à son complice condamné à l'observer. Elle se pencha sur la pierre creuse dont elle apercevait indistinctement le contenu, mais qu'elle alla quérir en y plongea son bras. Une grimace plus tard, elle extirpa un sceptre de taille modeste, à la surface étonnamment noire et marbrée de spinelles flamboyants. De l'artefact se dégageait une indicible aura, une puissance qu'ils leur étaient aisés de sentir sans possibilité de la définir. Hypnotisée par cette beauté sombre, Izhe prit le temps de l'admirer, puis désigna l'objet à son ami avec un sourire triomphant.

    « Je l'ai ! J'ai le sceptre ! »

    La relique retirée de son socle fit trembler les murs et une passerelle de pierre apparut entre les deux aventuriers pour leur permettre de se rejoindre, ce que fit immédiatement la princesse. Elle confia l'objet de leur convoitise à Galahad pour remettre ses biens dans sa besace, trop occupée à s'enjouer pour remarquer que le feu-follet s'agitait frénétiquement – bien plus qu'il ne l'avait fait jusqu'alors – non loin d'eux.
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Galahad Caherval
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MessageSujet: Re: [ Terminé ] Chacun préfère son intérêt à celui du prochain ▬ Izhelindë   Ven 10 Fév - 14:32

     Izhi l'avait aidé à ne pas tomber dans le vide et le forgeron se retourna vers la demoiselle alors qu'il sentait encore son cœur battre la chamade après avoir manqué de finir dans le gouffre sans fin face à lui. Cela aurait été stupide comme fin, après avoir réussi à résister aux attaques de l'entité aux boules d'énergie et à quelques autres mésaventures de ce genre, mourir à cause d'un gouffre qu'il n'avait pas vu n'aurait pas été très glorieux. Mais Galahad n'en avait que faire de la gloire de toute manière, seule la richesse et les objets intéressants pouvaient éventuellement éveiller son intérêt. La demoiselle avait l'air aussi interloquée que lui, visiblement ce n'était pas une mauvaise surprise qu'elle avait gardé pour vérifier s'il était trop stupide pour entrer aussi franchement dans une salle inconnue. La prudence n'était pas sa qualité première c'était un fait. Alors que la princesse tirait son ouvrage si précieux de son sac, le regard mordoré du Singulier se promena sur la salle, cherchant le moindre signe qui pourrait les aider, mais rien de bien probant. Une simple grosse porte qui se trouvait de l'autre côté, semblable à celle par laquelle ils venaient de passer, certainement la sortie ? Izhi le tira de ses pensées en prenant la parole pour lire quelques passages du livre, déblatérant quelque chose qui ne les avançait pas grandement. Fronçant légèrement les sourcils, le jeune homme la fixait d'un air inquisiteur comme s'il soupçonnait une quelconque tromperie de sa part. Mais non, elle avait l'air de réfléchir sincèrement. Devant ses protestations il se contenta de hausser les épaules avant de répondre d'un air faussement moqueur.

     ▬ Prends tout ton temps, je n'ai rien de prévu pour les dix ans à venir. »

     Le regard du jeune homme s'attarda sur le feu-follet qui flottait autour d'eux sans faire quoi que ce soit d'utile, encore quelque chose dont il serait heureux de se débarrasser une fois hors de cet endroit, saleté d'entité. Le forgeron imita rapidement Izhi qui fouillait les environs, mais sa recherche ne fut guère plus fructueuse, il semblait malheureusement que cette fois-ci, les deux amis soient dans l'impasse. Galahad ne cherchait pas à comprendre l'énigme, il n'avait jamais été très doué pour tout ce qui était devinettes et compagnie alors comprendre les vers d'un poème qui semblait avoir été écrit par un fou, non merci ! Les pensées du forgeron furent uniquement stoppées alors qu'il vit la jeune femme se tourner vers la salle, se demandant si elle avait trouvé quelque chose, envisageant même la possibilité de devoir faire un détour, après tout, la porte de l'autre côté devait servir à quelque chose non ? Mais Izhi-la-futée fut une fois de plus, plus intelligente que son compagnon et alors qu'il la regardait s'éloigner après un claquement de doigts, le jeune homme se demanda ce qu'elle lui réservait. Lorsque la demoiselle approcha du gouffre avec les pièces pour les lancer dans le vide, il se redressa aussitôt, mais elle avait perdu la tête où quoi ? Ça y est, la princesse capricieuse refaisait surface et la vénalité du jeune homme aussi, Galahad protesta vigoureusement. Cela avait été assez difficile à passer à côté des pièces sans en embarquer !

     ▬ Hey ! Tu comptes remplir le gouffre avec les pièces ?! Laisse-moi te dire que tu vas en avoir pour un moment ! »

     Et qu'elle ne compte pas sur lui pour l'aider ! Cela lui fendrait trop le cœur. Mais la jeune femme avait déjà entreprit de réitérer l'exploit en s'éloignant à nouveau pour revenir avec une poignée de pièces qu'elle jeta dans le vide et qui, au grand étonnement du jeune homme, flottèrent dans les airs. Quelle magie était-ce donc ? En observant de plus près, il crut comprendre que c'était un pont qui avait été dissimulé par une habile illusion d'optique et que les pièces révélaient donc son emplacement. Il ne répliqua rien alors qu'elle se moqua de lui à sa manière, puis lui tendit l'ouvrage qui les avait guidés jusqu'ici, se contenta de le glisser dans sa besace en la regardant avancer doucement sur le pont, jetant de temps en temps des pièces autour d'elle. Même si le fait de rester en arrière l'agaçait encore une fois, Galahad n'avait pas vraiment le choix, la dextérité n'avait jamais été son point fort, pas plus que ses talents d'équilibriste. A la rigueur s'il avait avancé à quatre pattes cela aurait été possible – et encore – mieux valait laisser faire la demoiselle en somme ! Inquiet à l'idée de voir son ticket de sortie tomber dans le vide – sait-on jamais s'il fallait encore son intelligence pour la suite – il sentit son cœur sursauter plusieurs fois lorsqu'elle dérapa en manquant de faire le grand plongeon, mais la princesse arriva finalement de l'autre côté et sauta sur la plateforme.

     Espérant qu'il n'y avait pas de nouvelle mauvaise surprise, le forgeron patienta en restant de marbre alors qu'elle lui accorda un regard avant de se pencher vers l'endroit où devait se trouver le fameux trésor. Quelle déception cela aurait été s'ils avaient constaté que quelqu'un était passé avant eux, mais la brune contempla quelque chose pendant un bref instant et il en conclut que cela devait peut-être être le fameux sceptre. La réponse arriva rapidement alors qu'elle le lui montra de loin en criant à son intention. Pour la première fois depuis le début de l'aventure, un sourire sincère se dessina sur les lèvres du jeune homme qui approcha de Izhi au moment où elle lui tendit le fameux sceptre. La fin de leur épopée, finalement ils n'avaient pas été si dérangés que cela par les fameux fantômes dont tout le monde parlait ! Galahad glissa le trésor bien à l'abri dans sa besace qui commençait doucement à s'alourdir, puis il leva les yeux vers la lueur qui s'agitait non loin de là. Fronçant les sourcils, le forgeron regarda rapidement autour d'eux, sans rien voir, puis il sentit un souffle soudain, comme un déplacement d'air consécutif à un geste de la main. Instinctivement, il attrapa Izhi et la poussa – ou plutôt jeta – au sol avant de faire de même. Un bruit énorme se fit entendre alors que la pierre au-dessus d'eux volait en éclat comme frappée par quelque chose de puissant. Plaçant ses mains au-dessus de sa tête, Galahad sentit des débris de mur lui tomber dessus avant de se retourner aussitôt, encore allongé au sol, pour regarder derrière eux. Mais toujours rien. Encore une magie quelconque ? Sentant le danger plus présent que jamais, il interpella la brune.

     ▬ Je ne veux pas te faire peur, mais je crois qu'on a de la visite ! »

     Le feu-follet s'agitait toujours alors que le jeune homme se redressait rapidement pour obliger la demoiselle à faire de même et la tira vers lui juste avant que le sol où ils étaient allongés, n'explose à son tour. Un sillon semblable à celui d'une hache relativement grande, se dessinait, comme si une arme bien tranchante venait de frapper le sol. Encore quelque chose d'invisible ? Il fallait bouger et ne pas rester en place dans ce cas ! Poussant Izhi en avant pour qu'elle bouge, Galahad eut la désagréable surprise de voir sur les portes qui s'étaient ouvertes sans difficultés juste avant, venaient de se fermer, ils étaient bloqués avec quelque chose d'invisible qui ne leur voulait pas de bien. S'apprêtant à conseiller à son amie de s'abriter, le Singulier sentit un brusque coup dans le dos, à la hauteur des omoplates et fut projeté contre le mur où il tomba au sol. Heureusement d'ailleurs, le mur vola lui aussi en éclat et s'il n'avait pas sentit ses jambes se dérober sous lui, il ne serait certainement plus de ce monde. Observant rapidement le sol, le forgeron attrapa une poignée de poussière due aux coups sur le mur et la lança au hasard devant lui, révélant ce qui ressemblait à un bras qui devait faire au moins le double du sien. Visiblement ils avaient un adversaire invisible et mieux valait filer rapidement avant qu'ils ne soient victimes de leur manque de visibilité. Il s'éloigna rapidement, ne tenant pas à réitérer l'exploit du coup dans le dos – celui-ci l'élançait douloureusement d'ailleurs – puis il lança quelques conseils à la jeune femme.

     ▬ L'autre porte Izhi, on doit partir ! »

     D'un geste de la main, il lui désigna la porte qui se trouvait de l'autre côté, certainement qu'il fallait emprunter le pont menant à la plateforme et passer sur un autre chemin invisible. Une vraie partie de plaisir en somme. Restait à espérer que le colosse invisible n'était pas assez fin pour passer par le même chemin qu'eux.
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Izhelindë Hardansson
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MessageSujet: Re: [ Terminé ] Chacun préfère son intérêt à celui du prochain ▬ Izhelindë   Sam 11 Fév - 12:20

    De préférence, Izhelindë désirait ne jamais réitérer cette expérience de saltimbanque avec la constante illusion d'être au bord de la culbute. Si elle avait eu le vertige, elle se demandait comment le pauvre forgeron se serait débrouillé pour traverser, bien qu'elle aurait certainement apprécié le voir faire le funambule. Malgré les frayeurs et les entraves qui avaient manqué de leur ôter la vie par plusieurs fois, ils n'avaient guère abandonné et étaient parvenus jusqu'à l'artefact. Selon les écrits de son opuscule, il était bien plus délicat d'entrer dans ce mausolée que d'en sortir, d'ailleurs, une fois qu'ils seraient hors de la structure, ils n'auraient plus qu'à rebrousser ce même chemin par lequel ils étaient arrivés. Ils le feraient sans doute avec plus d'empressement que lors de leur premier passage, la concernant, la dryade avait grand hâte de retrouver la lueur diurne et le grand air – ainsi qu'un endroit dénué d'entités furibondes. D'ailleurs, il était surprenant qu'ils ne se soient heurtés à aucun autre macchabée ou manifestation ectoplasmique qui en auraient après leur existence, mais elle ne s'en plaindrait pas. Recourbée sur sa besace qu'elle avait déposée sur le sol pour mieux y ranger ses biens, le monde sembla se renverser, avec lui, le poids d'un colosse à moitié installé sur elle. Apostrophée par ce qui ressemblait à une explosion casuelle, elle imita son comparse en se protégeant prioritairement le crâne tout en se faisant tapisser d'éclats de roche. Sans guère avoir l'opportunité de comprendre ce qui lui arrivait, elle fut à nouveau emportée, évitant de justesse une décapitation. Face à la célérité justifiée de Galahad, elle se redressa furtivement et fureta les lieux à la recherche d'une quelconque issue.

    Elle ne put malheureusement rien faire pour éviter le heurt à son compagnon qui fut projeté plus loin, la laissant aussi pantoise qu'inquiète. L'action se déroula à une vélocité déconcertante, si bien que la jeune femme n'entreprit de mouvoir que lorsqu'elle entendit son prénom. Mais avant de partir en quête d'une échappatoire, il lui fallait récupérer sa besace qu'elle n'avait pas eu le réflexe d'agripper et à laquelle elle tenait. Défiant la menace qui rôdait avec témérité, elle rejoignit ses affaires qu'elle installa sur son trapèze, prête à en découdre jusqu'à ce qu'une force indécelable ne lui fauche les jambes pour l'aliter à même le sol. Une poigne lui saisit brutalement la chevelure et se mit à la trainer sur plusieurs mètres, la laissant se débattre en vain derrière elle. Non décidée à être menée à l'échafaud sans réagir, la nymphe n'eut d'autre idée que de saisir une flèche de son carquois et de battre l'air à l'aveugle. Par chance, elle parvint à la planter dans la créature – en imaginant que cela puisse se traduire ainsi – qui relâcha sa prise. Sans attendre d'avantage, elle se releva et se précipita jusqu'à la plateforme sur laquelle avait sommeillé la relique maintenant en leur possession, veillant à étreindre une importante quantité d'or au passage. Après avoir furtivement vérifié que son ami la rejoignait, elle lança les pièces en tentant de couvrir la plus grande surface possible. Certaines leur révélèrent un nouveau sentier dont ils n'auraient pas le temps d'appréhender la traversée à moins de sentir une lame leur sectionner l'épine dorsale. Izhi s'élança à toute allure, occultant le vide sous ses larges pas pour rejoindre la bordure de l'autre huis encore close. Ce qui semblait n'avoir guère bridé l'archère risquait en revanche d'importuner le forgeron, vers lequel elle se tourna en lui faisant signe de la rejoindre.


    « Vite Galahad ! Vite ! Ne regarde pas en bas ! »

    Elle tendit son bras au possible dans le dessein de l'aider dès qu'il serait à sa portée. Elle patienta difficilement avec l'immuable crainte que le jeune homme ne se fasse surprendre par leur antagoniste invisible, puis, lui saisit la main pour le rabattre vers elle lorsqu'elle en eut l'occasion. Soudain, le socle qui abritait le sceptre se brisa sous une estocade incroyablement dévastatrice, signe que leur nouvelle connaissance n'appréciait guère leur fuite et se rapprochait dangereusement. La princesse s'agglutina à même la porte, faisant tâtonner ses mains dans l'espoir de percevoir un mécanisme d'ouverture. S'ils ne l'ouvraient pas, deux choix s'offraient à eux : plonger de désespoir dans la cavité sans fond ou s'évertuer à guerroyer contre un ennemi imperceptible, ce qui – indéniablement – les mèneraient vers un trépas certain. Elle frappa, secoua, tritura toutes les excroissances ou cavités qui passaient sous ses phalanges, de concert avec son compagnon. Elle ignorait si la conséquence résultait des actions de ce dernier ou des siennes, mais l'un des battants de l'huis s'entrouvrit enfin, suffisamment pour qu'ils puissent tout deux s'y hisser. La belle s'exécuta sans se faire prier, puis sollicita la force brute de Galahad pour l'aider à refermer le passage et ainsi se prémunir d'une arrivée musclée de l'entité. La porte sembla se verrouiller à nouveau, simultanément à un fracas qui s'abattit de l'autre côté de la paroi. Le fantôme se mit à marteler avec rage, mais la consistance alliée à l'épaisseur de ce véritable mur d'accès ne pouvait que résister à ses assauts, laissant le loisir au duo d'aventuriers de reprendre leurs esprits.

    Les mains posées sur ses cuisses en guise d'appui, Izhelindë expira lentement de grandes bouffées, les cheveux en bataille après s'être faite agressée. Leur expédition s'était transformée en une véritable épreuve de survie dont ils étaient – pour l'instant – ressortis vainqueurs. Elle examina son acolyte du regard, plus ou moins discrètement, pour s'assurer qu'il allait bien. Elle put remarquer que son échine le faisait souffrir, sans doute dû à l'impact qu'il avait reçu, mais jugea judicieux de ne pas évoquer le sujet au risque de se faire gentiment – euphémisme ! - remettre à sa place. Elle se contenta donc de récupérer le recueil pour le feuilleter et trouver des informations qui leur permettraient de trouver la sortie. A la suite de quelques instants de repos – sous la mélodie tonitruante de la créature qui martelait toujours – ils décidèrent de se remettre en route, cette fois guidée par une demoiselle maîtresse de leur orientation. La marche fut longue et sinueuse, mais nombreuses furent les salles à l'abondance historique : glyphes et objets d'apparat désuets, qui ne manquèrent pas de fasciner l'héritière de la contrée. Elle laissa le forgeron la dépasser alors qu'ils entrèrent dans une pièce de taille modique qui leur présenta deux corridors. Après une brève observation, le phonème cristallin de la naïade s'éleva.


    « J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c'est que la sortie est toute proche, un ou deux couloirs et nous sommes dehors. La mauvaise, c'est que nos chemins se séparent ici. »

    Si on pouvait suggérer que la vésanie avait eu raison de la demoiselle, ce n'était absolument pas le cas. Profitant de sa prestesse et de l'effet de surprise, elle empoigna l'épée de Galahad avec une diligence travaillée et installa le tranchant de la lame à même la gorge du jeune homme. Elle le contraignit à reculer jusqu'au mur en exerçant une pression hostile sur sa peau – prenant tout de même garde de ne pas le blesser – puis s'empara de l'artefact sans le quitter des prunelles. Le butin en main, une risette mutine affichée à ses lippes, elle déclara.

    « N'y vois rien de personnel, mais ça, ça vaut son pesant d'or ! Si je suis capable de mettre ma vie entre tes mains, je ne te fais aucunement confiance concernant les transactions financières. Je protège mes intérêts, je préfère m'occuper moi-même de la vente de ce sceptre. Mais ne t'en fais pas, je reviendrai vers toi pour te donner ta part. » Elle lui désigna l'un des corridors. « Toi, tu vas par là. Ca te mènera directement dehors, ce sera juste un peu plus long que pour moi. Merci de m'avoir accompagnée. »

    Après avoir rangé la relique dans sa besace, elle déposa un baiser sur l'extrémité de ses doigts, qu'elle glissa ensuite sur les lèvres du jeune homme en guise d'embrassade indirecte, mais surtout de provocation suprême. Les yeux dans les siens, elle recula prudemment en enserrant son sac contre elle, jusqu'à se retrouver dans l'un des couloirs. La vision d'un Galahad désabusé et sans doute rongé par la frustration était à la fois délectable et prophétique d'une prochaine rencontre sous les feux de la rancoeur. Elle ne luit avait cependant pas avoué la réelle source de cette tromperie, l'argent n'en était pas la cause. Il était un adorateur de Mynkor, ses fréquentations devaient être dotées de la même piété, elle ne pouvait se permettre le risque qu'un tel artefact tombe entre les mains de quidams mal intentionnés. Il en allait de la sécurité du pays et de sa famille, ceci même si elle ne possédait aucune preuve de cette hypothèse. Elle veillerait à le récompenser comme il se devait, même si une consolation financière lui laisserait un goût amer. Sa main tâtonna la paroi sur sa gauche, après avoir trouvé l'interrupteur, elle lança l'épée sur le sol pour la lui rendre et lui adressa un geste de la main alors qu'un mur de pierre se refermait entre eux.
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Galahad Caherval
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MessageSujet: Re: [ Terminé ] Chacun préfère son intérêt à celui du prochain ▬ Izhelindë   Dim 12 Fév - 14:34

     Izhi s'était élancée vers le vide, ou plutôt le pont invisible qu'elle avait déjà emprunté quelques instants plus tôt, puis se retourna vers son compagnon qui se débrouillait toujours pour rester en mouvement histoire de ne pas offrir une cible de choix à la créature invisible. Lorsque la demoiselle l'appela, le forgeron n'hésita pas très longtemps, c'était soit suivre la jeune femme et prendre le risque de poser le pied au mauvais endroit pour terminer au fond du gouffre, ou se faire couper en deux par une hache – ou quoi que ce soit d'autre – de tranchant. Le calcul était vite fait. D'autant plus qu'il avait une chance, même infime, de survivre s'il parvenait à traverser sans glisser. Ni une, ni deux, le Singulier s'élança en prenant garde à poser ses pieds aux endroits dont il était sûr, mais glissant à plusieurs reprises en manquant de faire le grand saut. L'équilibre n'avait jamais trop été son fort, mais il s'en sortait plutôt bien et attrapa le bras de Izhi dès qu'elle fut à portée. A peine furent-ils sur la plateforme que le socle explosa, signe très clair qu'ils devaient se dépêcher de quitter les lieux. Galahad tourna le dos à la jeune femme pour essayer de distinguer leur assaillant, en vain, alors qu'elle s'agitait pour essayer d'ouvrir la porte hermétiquement close. Heureusement pour eux, quelque chose fit s'ouvrir le seul passage qui leur permettrait d'avoir la vie sauve, ils se glissèrent donc dans l'ouverture et le forgeron repoussa le battant jusqu'à ce que se produise un léger clic indiquant qu'ils étaient désormais en sécurité. Pas trop tôt d'ailleurs, encore appuyé contre la porte, le jeune homme la sentit vibrer alors que leur adversaire invisible la frappait à la fois de colère et d'agacement. Ils avaient eu un parfait timing.

     Les jeunes gens se reposèrent un bref instant avant que la jeune femme ne vienne récupérer son ouvrage, lui laissant le sceptre, puis elle le feuilleta rapidement tandis que Galahad promenait son attention sur les environs, reprenant son souffle petit à petit. Il ne serait pas en colère s'ils pouvaient enfin mettre fin à cette épopée, les bonnes choses étaient souvent les plus courtes et il en avait soupé pour le moment ! Finalement, après quelques temps ils reprirent la route, déjà plus détendus, certainement de savoir qu'ils avaient ce qu'ils voulaient avec eux, le forgeron avait à nouveau glissé son épée au fourreau et marchait en silence. Le retour vers la « surface » fut assez long et le feu-follet avait complètement disparu, peut-être après avoir rempli son rôle qui sait ? Quoi qu'il en soit, alors qu'ils entraient dans une salle qui ressemblait à toutes les autres – au grand agacement du Singulier d'ailleurs – la voix de Izhi attira son attention et il se retourna pour la dévisager sans comprendre ce qu'elle expliquait sur le coup. Une mauvaise nouvelle ? Il ne voyait pas ce que cela pouvait être mis à part que le sceptre était faux éventuellement, mais lorsqu'elle déclara qu'ils allaient se séparer ici, son visage emprunta une expression surprise. Comment cela ? La princesse se transforma alors en sorcière et le jeune homme se laissa avoir comme un débutant, sans réussir à l'empêcher de prendre son épée pour le menacer. Quelle honte, se faire tenir en respect par sa propre épée ! Une bouffée de colère le submergea alors qu'il reculait jusqu'au mur puisque la princesse ne lui en laissait pas le cas et il se laissa faire une fois de plus lorsqu'elle récupéra le sceptre. Dire qu'il lui avait fait confiance !

     Elle rayonnait, il bouillonnait, cette situation aurait dû être inversée et pour être sincère, cela lui avait effleuré l'esprit, mais il ne pouvait pas tout simplement parce qu'il avait besoin d'elle. Lorsqu'elle parla pour expliquer que l'or était sa seule préoccupation et qu'elle ne lui faisait pas confiance, il serra les dents. L'argent n'entrait pas en ligne de compte dans un tel moment ! Ce sceptre n'avait pas de prix dans le bon sens du terme et elle était suffisamment intelligente pour comprendre cela ! Il ne la quitta pas des yeux, même lorsqu'elle indiqua le couloir qu'il allait devoir prendre, elle se jouait de lui et il s'était fait avoir comme un vrai débutant ! Ses yeux pétillaient d'une colère qui ne ferait certainement qu'augmenter avec le temps, il ne pourrait jamais lui pardonner cette trahison, non jamais ! Trop révolté pour pouvoir parler, le Singulier resta obstinément silencieux et ne put s'empêcher de détourner le visage lorsqu'elle esquissa le geste d'approcher sa main de lui, qu'elle ne vienne pas le provoquer encore davantage ! Galahad ne détacha pas ses yeux mordorés de la jeune femme alors qu'elle reculait, espérant qu'elle allait tomber à un moment, mais non, la chance semblait être de son côté et Izhi lui rendit son épée avant de lui adresser un dernier signe de la main tandis qu'un mur de pierre se fermait pour les séparer. Le Singulier avait quitté son mur et s'approcha soudain de la pierre qui ferait de se refermer, la martelant à deux reprises du poing sans que le mur ne bouge pour autant. Quelle... Garce ! C'était le mot qui lui traversait l'esprit, dire qu'il lui avait fait confiance ! Sa colère l'aurait presque étouffé alors qu'il pestait sans qu'elle ne puisse certainement l'entendre.

     ▬ Tu regretteras ça Izhi, je peux te l'assurer ! »

     De dépit, il frappa une fois de plus contre la pierre, ignorait son poing qui protestait, puis se détourna du mur qui ne bougeait pas, pour ramasser son arme qui traînait au sol. Galahad la rangea dans son fourreau avant de se tourner vers le corridor désigné par la jeune femme pour l'emprunter et essayer d'arriver le plus rapidement possible à la sortie. Il aurait mieux fait de l'abandonner dans sa pièce après qu'elle ait réussi à ouvrir la porte, au moins possèderait-il le sceptre maintenant, même s'il n'avait plus les chances apportées par une relation avec la princesse. Maintenant il n'avait plus ni l'un ni l'autre puisqu'il apparaissait clairement que Izhi s'était simplement servi de lui. Comme lui d'elle au final. Le manipulateur manipulé, quelle drôle de situation ! Ses rêves de grandeur lui avaient joués un sale tour et il venait de perdre gros, restait à espérer que les choses évolueraient différemment à l'avenir. Une chose était sûre, il ne lui accorderait jamais plus sa confiance. Ni à personne d'autre d'ailleurs. Galahad suivait péniblement le corridor qui se révéla relativement long, puis déboucha finalement à l'extérieur, plein de poussière et d'autres saletés, mais sans voir la moindre trace de son « amie ». Elle avait été plus rapide que lui et désormais elle était hors de portée. A moins de filer au palais, mais c'était tout bonnement impossible, avec sa dégaine il ne pourrait même pas en approcher. Le chemin du retour serait bien assez long pour lui permettre de laisser sa colère se développer, nul doute que leur prochaine rencontre ne serait pas aussi bon enfant que cette fois-ci.
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[ Terminé ] Chacun préfère son intérêt à celui du prochain ▬ Izhelindë

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